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REMISE EN CAUSE DU DROIT DU SOL

Christian Estrosi envisage de modifier l’application du droit du sol à Mayotte

Publié le 3 avril 2008

Restreindre les conditions d’accès à la nationalité française dans les collectivités d’outre-mer, confrontées à une immigration clandestine importante. L’idée avait déjà été avancée par François Baroin en septembre 2005, alors qu’il était ministre de l’outre-mer, provoquant une vague de protestations à gauche. À son tour, le secrétaire d’État à l’outre-mer, Christian Estrosi, a relancé le débat, vendredi 22 février, sur France 2, en envisageant qu’un enfant né de parents en situation irrégulière sur l’île de Mayotte ne puisse plus demander la nationalité française.

« Nous avons aujourd’hui à Mayotte 30 % de la population qui est en situation clandestine, irrégulière, et dans dix ans, elle pourrait être majoritaire par rapport à la population francomahoraise [de Mayotte] », a-t-il souligné. Selon le secrétaire d’État, « il est important d’envoyer un signe fort ». « Nous pourrions prendre une décision exceptionnelle qui fasse que tout enfant né de parents en situation irrégulière ne puisse plus réclamer son appartenance à la nationalité française », a-t-il affirmé.

Ce serait « pour le moment » expérimental « avec un inventaire qui sera fait de la loi dans cinq ans », a précisé Christian Estrosi. «  Nous réfléchissons à tout cela pour le proposer au printemps dans une réforme spécifique qui pourrait intervenir », a-t-il ajouté. Dans l’entourage du secrétaire d’État, on affirme que ce projet serait lié aux prévisions d’immigration massive suite aux troubles aux Comores, alors que le gouvernement fédéral des Comores a obtenu le soutien de l’Union africaine et de Paris pour une opération militaire contre les autorités « illégales » de l’île autonome d’Anjouan, à 70 km de Mayotte.

16 000 EXPULSIONS EN 2007

L’immigration clandestine est devenue un sujet de préoccupation majeur dans les collectivités ultramarines et particulièrement sur l’île de Mayotte où vivraient entre 45 000 et 60 000 clandestins, principalement issus des Comores, plus marginalement de Madagascar. Mayotte comptait près de 186 500 habitants en 2007. Sa population s’est accrue d’un peu plus de 26 000 habitants en cinq ans (+3,1% par an). Sur les 53 000 Comoriens recensés dans l’île en 2002, l’Insee estimait que 80% d’entre eux étaient en situation irrégulière. Plus de 16 000 reconduites à la frontière ont été effectuées à Mayotte en 2006 (13 000 adultes, 3 000 mineurs), autant en 2007, un chiffre qui s’ajoute aux 25 000 expulsions annuelles annoncées par le ministère de l’immigration.

En février 2006, dans son rapport d’étape, la mission d’information sur l’immigration à Mayotte, créée le 11 octobre 2005 à l’initiative du président de l’Assemblée nationale, suite aux déclarations de François Baroin, n’avait pas jugé nécessaire de remettre en question le droit de la nationalité mais seulement de « se donner les moyens d’appliquer le droit existant » et «  d’instaurer un état civil fiable ». « Tant que l’on ne saura pas qui est qui, il est illusoire d’espérer éloigner la majorité des clandestins présents à Mayotte », relevait à l’époque le rapporteur UMP de la mission parlementaire, Denis Quentin, qui faisait état de cas ubuesques d’enfants plus âgés que leur mère ou celui de « Français sans papiers » « parce qu’incapables de fournir des justificatifs prouvant la nationalité de leurs parents ».

[Source : Le Monde]

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Numéro 22

lundi 17 mars 2008

Alors que la « patrie française » n’a jamais autant revendiqué ses « valeurs » d’humanisme, de générosité, de partage, d’amour de tous et de toutes, quelles que soient leurs origines, et bien sûr d’accueil, elle n’a jamais autant travaillé à détruire ce mythe, qu’elle avait pourtant mis si longtemps à construire.

L’humanisme c’est bien, mais n’oublions pas la “préférence nationale”. Ce concept consiste à attacher les bras et les jambes des sans-papiers afin de les faire monter de force dans un avion à destination de “leur” pays, à construire des camps de rétention… “administrative“, à rafler à tour de bras dans les rues, cafés, toilettes et salles d’opération, et bien sûr, à nier tout cela, par des effets multiples de propagande, comme l’on a toujours nié toutes les horreurs et tous les crimes de “son” pays. Pourquoi tout cela ? Exciter un fantasme xénophobe ou (et) raciste ? C’est l’hypothèse la plus probable, car outre les « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde » (que l’on crée et que l’on entretient…), les économistes et les chasseurs d’étrangers savent bien que, au delà de l’enrichissement intellectuel et culturel qu’ils nous apportent, les sans-papiers sont irremplaçables sur le plan économique. En Espagne, ils paient 900 000 retraites, cela comme dans toute l’Europe. Et ces pays coloniaux au racisme latent construisent des camps pour étrangers afin de mieux les humilier avant de les expulser. Humilier, le mot est faible, voire vide de sens quand on est enfermé pour ce que l’on est. Mais, bien sûr, surtout pas de comparaisons hâtives. Quoique, quand on voit des bébés (ou des nourissons) et des enfants, le cartable sur le dos, parce qu’ils « veulent retourner à l’école », être enfermés, encore une fois pour ce qu’ils sont, notre Mémoire fait inévitablement un bond en arrière de soixante-cinq ans.

« Rien n’est plus émouvant pour un enfant que l’histoire d’un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui ».

Certes monsieur Sarkozy, et il faut voir dans quelles conditions sont enfermés ces enfants, et bien sûr ces adultes. Nourriture périmée, réveils brutaux en pleine nuit pour le « comptage », surpopulation, brimades, insultes et tabassage administratif (jusqu’à nouvel ordre, pas pour les enfants).

À l’ombre de tout regard, des êtres humains sont humiliés, insultés, tabassés par de (souvent) jeunes flics. Si on les rencontre près d’un camp, montant la garde, en surnombre et suréquipés, comme au camp de Vincennes, il n’est pas rare d’entendre des discours racistes, pour les plus modérés « seulement  » d’ultra droite. On peut alors se demander s’ils les tiennent parce qu’ils sont trop jeunes pour comprendre les choses de la vie, ou si cette violence verbale et physique est structurelle, pensée et calculée, voire commandée… Le but ne serait-il pas d’instituer une véritable peur des camps, et donc une peur de vivre en France, chez le sans-papiers que l’on va expulser ? En attendant que pierre par pierre se démantellent les camps pour étrangers, dans toute l’Europe, battons-nous pour rétablir la dignité et la liberté des habitants de la terre France, avec ou sans papiers. Car nous sommes tous des sans-papiers.

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