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Témoignage recueilli par téléphone du centre de rétention de Vincennes : la police rafle les sans-papiers devant l’ambassade de Tunisie. “C’est pratique comme ça ils ont les preuves de notre nationalité...” “Il y avait beaucoup de policiers, ils avaient fermé des rues...” Sept sur huit des arrivants du jour ont été attrapés là. La politique du chiffre jusqu’au cœur du XVIe arrondissement…

Un autre : “Je deviens tellement fou ici que quand je vais sortir, c’est la psychiatrie.”

Nous appelons au centre de rétention deux jours avant le rassemblement prévu à l’occasion de l’anniversaire de la révolte et de l’incendie de Vincennes pour les en informer. On leur dit que peut être on ne pourra pas approcher du centre mais qu’on fera un maximum de bruit et qu’on leur téléphonera. Le premier retenu décroche et, à notre surprise, dit :

« Centre de rétention de Vincennes, bonjour ! Je fais le secrétaire comme je suis a côté du téléphone, il y a une femme qui est folle de moi donc elle m’appelle tout le temps.

C’est bien la manif mais qu’est ce qu’on peut faire… Ici on a même pas le droit d’avoir des téléphones avec appareil photo.

Moi, je suis arrivé hier, j’ai des problèmes de santé et j’ai pas pu voir de médecin, il faut que je ramène moi-même mon dossier de l’hôpital car ils disent qu’ils n’ont pas pu joindre l’hôpital. Heureusement qu’il y a ma femme pour ramener le dossier. Ils m’ont emmené voir une infirmière qui m’a donné rendez vous avec un médecin.

Je viens d’arriver, c’est la première fois que je suis au centre, pour l’instant je ne m’occupe que de mes papiers. Ici on est à peu près 80.

J’ai vu la Cimade ce matin, c’est eux qui m’ont appelé.

J’ai été arrêté hier devant l’ambassade tunisienne au métro Iéna, dans le 16e. Je venais refaire mon passeport. Y’avait beaucoup de policiers, ils avaient fermé des rues. Y’en avait en civil et d’autres dans des voitures et y’avait une camionnette. Y’avait pleins de policiers arabes, comme ça ils comprennent tout ce qu’on dit ! Moi j’avais mon passeport sur moi, un autre sa carte d’identité du pays et un autre un acte de mariage, c’est pratique comme ça ils ont les preuves de notre nationalité. Parce que il paraît que le consulat de Tunisie, ils sont pas très serviables avec les service de police, ils donnent pas facilement les autorisations. Les flics sont restés de 10h jusqu’à 13h, car après l’ambassade ferme. On est 8 à être arrivés hier au centre dont 7 tunisiens qui se sont fait arrêter comme moi devant l’ambassade. Je l’ai raconté à la Cimade, le gars a dit qu’il allait prévenir l’ambassade tunisienne.

J’ai pas fait 24h en garde à vue, j’ai été arrêté le matin et on est arrivé au centre à 17heures45.

Y’a des flics qui passent derrière moi, rappelez plus tard.

On est dégoûté, on fait que fumer des clopes et boire du café.

Pour la manif tout le monde dans le centre est au courant, on va essayez
de faire quelque chose, on va manifester. »

2e retenu :

« Je suis là depuis 26 jours, j’en ai marre, j’habite même pas ici, j’habite à Bruxelles, j’en ai marre. Ma femme est dehors, moi ici. C’est la première fois que je viens au centre, ici c’est la galère, y’a toujours du bruit et des bagarres, entre nous et avec la police, les flics ne sont pas gentils. Y’a des bagarres entre nous parce que y’a pas de moyens, y’a pas de visites, pas de cigarettes et y’a pas de libération. Ils libèrent que les chinois. y’avait 27 chinois, il en reste plus que 4.

Ici presque tous les gens sont malades. Moi je fais rien ici. y’a un patron qui me doit 3000 euros en Belgique, il m’a pas encore payé et je sais pas comment faire.

Je prend des médicaments, du rivotril, parce que je vais pas bien, c’est moi qui ai demandé, parce que je suis pas bien dans ma tête. J’en n’ai jamais pris avant. J’ai peur de plus avoir ces médicaments. Je deviens tellement fou ici que quand je vais sortir, c’est la psychiatrie.

Ma femme est malade, elle est rentrée hier à l’hôpital en Belgique et moi je suis ici. Je réfléchis tout le temps, je pense trop dans ma tête. Je n’ai pas de visite. La cimade m’a dit « reste tranquille, il ne reste pas beaucoup de temps » mais moi je suis trop nerveux.

[Source : fermeturetention@yahoo.fr]