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À la suite de la mort de Rémi Fraisse, le premier ministre Manuel Valls avait, par une lettre, publiquement déclaré qu’il tenait à l’aéroport de Notre-Dame des Landes. Au même moment, la ministre de l’écologie Ségolène Royal avait maintenu qu’il fallait construire le barrage de Sivens dans le Tarn.
Si ce n’est pas une déclaration de guerre aux écologistes — et surtout aux zadistes et à leur mode de vie —, on se demande pourquoi de telles déclarations, même répétées récemment dans les colonnes de Ouest-France par Manuel Valls. Serait-ce pour faire oublier l’affaire des grenades offensives et des « maladresses » de maintien de l’ordre du gouvernement ?
Revenons donc sur cette affaire.
Des documents accablants ont fuité tout l’automne dans la presse, sans lesquels quasiment rien n’aurait été fait sinon la quotidienne opération de désinformation policière. Son enquête interne n’aura même pas trouvé de responsable à la mort du jeune militant écologiste. Elle se sera même félicitée du « professionnalisme » et de la « retenue » dans l’opération sur la ZAD du Testet.
Avec les innombrables images de « bavures » avant cet instant tragique, l’enquête administrative de la police a préféré se focaliser sur cette nuit, reconnaissant à demi-mot qu’elle est une conséquence de l’escalade de la violence !

Mais le point principal qui a très peu été abordé est bien l’usage de la grenade meurtrière : comment un gendarme mobile a-t-il pu décider de la lancer alors que les zadistes étaient en mouvement, dans l’obscurité ?
Ce qui est arrivé n’est donc pas une erreur et le gradé — s’il était tenu de respecter la « procédure » — aurait dû ne pas se servir de cette artillerie dangereuse dans ces conditions.
L’arme elle-même s’est une nouvelle fois révélée mortelle (après combien de mutilés ?), et dans ce cas, la personne qui l’a utilisée a commis une faute. Cela s’appelle, à minima, un homicide involontaire.
Interrogé plus tard, un général dira : « Les gendarmes ne font qu’exécuter les ordres, ils ont peu de possibilité d’initiative, c’est l’autorité civile qui décide ». Il n’y avait qu’un simple capitaine de gendarmerie pour diriger les opérations sur le terrain.
Ainsi, la Préfecture du Tarn n’a pas été publiquement questionnée sur le déroulement de cette opération.
Tout ce qu’on sait c’est que le Préfet, après une visite martiale du premier ministre, avait donné des consignes d’« extrême fermeté ». Sur place, dès le mois de septembre, les provocations récurrentes des policiers — et agissements souvent au-delà de la limite de la légalité — seraient considérés, pour d’autres, comme une véritable « incitation à la violence ».

Dès la découverte du corps de la victime, dans le bataillon de gendarmes, on s’écrie aussitôt « Il est décédé, le mec ! Là, c’est vachement grave… Faut pas qu’ils [les opposants] le sachent ! ».
On aurait du mal à croire que la hiérarchie ne soit pas tenue au courant dans les plus brefs délais, jusqu’au premier ministre. La police possède tout de même des moyens de communication et d’écoutes redoutables...
Il est étrange qu’aucun message (ni les condoléances d’usage) n’aient été adressés pendant près de 48 heures par les plus hautes sphères !
Le ministre de l’Intérieur justifie ne rien avoir dit pour laisser la Justice faire son travail (l’État de droit !) et s’est déchargé de la responsabilité sur le Préfet du Tarn, en le laissant communiquer sur la « découverte d’un corps ». Le même discours qu’après la mort de Vital Michalon en 1977 à la manifestation de Creys-Malville, causée là aussi par une grenade offensive. L’enquête sur les responsabilités n’a jamais abouti.

Cette attitude des plus hauts représentants de l’État est... suspecte, pour reprendre le vocabulaire policier. Pire, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, déclarait « Les dirigeants de la gendarmerie [nommés par M. Valls] sont excellents ».
Pourquoi le premier ministre ne répond-il pas aux interrogations sur cette affaire ? Et pourquoi soutient-il toujours son ministre de l’Intérieur, au mieux incompétent, et ayant vraisemblablement « menti par omission » ?

Le président de la République, François Hollande, a promis « la vérité » aux parents de Rémi Fraisse et de tirer « toutes les conclusions en termes de responsabilités ». On aura noté que ses promesses se basaient sur les conclusions de l’enquête administrative (de la police donc).
Comme pour toutes les morts suspectes dans les commissariats, on attend toujours des explications et des actes pour éviter que cela ne se reproduise une nouvelle fois.
Mais la solidarité du gouvernement avec ses représentant de la violence « légale » pour des faits aussi graves et flagrants nécessiterait l’ouverture d’un débat citoyen sur cette questions, et une plus large. Pas uniquement l’interdiction du modèle de grenades à la « léthalité diminuée » (sic).

Et, avec la multiplication des ZADs, la population étudie désormais d’elle-même les conditions d’attribution de nombreux grands projets inutiles (et imposés), et questionne beaucoup de procédures « abusives » couvertes par des barons locaux et nationaux.

Quand l’État d’exception règne, la démocratie n’existe pas.

Paris s’éveille

PS : Depuis, une personne est morte devant un commissariat à Joué-lès-Tours, par balles. Ce qui a attiré l’attention des médias, c’est que les policiers ont immédiatement déclaré qu’il avait crié « Allah Akbar » en s’attaquant à eux (ce que contredisent les autres témoins). Une autre approche de la communication sécuritaire...

Une « bavure » dans ue caravane au Testet (Tarn)

Ni flics ni patrons : Valls n’est pas le bienvenu à Rennes

Voilà deux mois que le gouvernement et les préfectures cherchent à enterrer le mouvement autour de l’assassinat de Rémi par la police.

Pourtant, malgré les interdictions, les fermetures administratives, la répression, et le black out médiatique, des assemblées ont eu lieu un peu partout en France. Des lycées ont été bloqués, de même que certains commissariats ainsi que des usines d’armement de la police.

A Rennes comme ailleurs, quel que soit le ton des manifs et des rassemblements, qu’ils aient été festifs ou dans la confrontation, la réponse à la remise en question de la police a été la même : sortir les matraques, les canons et les hélicoptères, banaliser des dispositifs délirants pour tenter d’étouffer dans l’œuf toute propagation de la contestation.

Preuve que la police assume pleinement le meurtre de Rémi, elle n’a cessé de parader et d’exhiber son arsenal, comme un avertissement pour toutes les contestations à venir : s’ils ont perdu Notre-Dame-des-Landes, le Testet et certains quartiers populaires, ils ne lâcheront pas les centre-ville qu’ils considèrent comme leurs territoires et dont ils défendent plus que jamais l’aménagement.

Au sommet de cette démonstration de force obscène, le premier flic de France Manuel Valls débarque à Rennes le 19 décembre en conquistador pour inaugurer les nouveaux plans d’urbanisation de la ville et les travaux du métro menés par Vinci et consorts.

La venue de celui qui était ministre de l’Intérieur et qui a orchestré la répression pendant le mouvement sur la ZAD est évidemment une insulte et une provocation. Nous n’acceptons pas la présence dans notre ville de celui qui à coup de grenades de désencerclement et de cadeaux fiscaux aux entreprises, veut faire place nette aux promoteurs et s’est vu remercié par une standing ovation au MEDEF. A travers lui, les applaudissements des patrons français s’accordent au rythme des matraques, lui qui dans la droite ligne du front national, ne cesse de prôner « au nom du patriotisme, l’alliance entre ceux qui produisent et ceux qui décident ».

Par dessus tout, il est le représentant attitré de cette police de gauche qui assume publiquement son racisme et fait carrière sur les chiffres de l’insécurité.

Il est utile de rappeler qu’il était l’un des seuls socialistes à soutenir le maintien de l’état d’urgence après les émeutes de 2005 qui ont suivi la mort de Zied et Bouna, sous les conseils de son ami Alain Bauer, porte-parole du lobby sécuritaire français. A peine dix ans plus tard, il est premier ministre et figure montante du PS, symbole du virage libéral et policier du parti.

Par delà ses sorties médiatiques vaseuses, il est le commanditaire de la destruction massive des camps de Rroms et se vante aujourd’hui d’avoir effectué plus de rafles et d’expulsions que ses ignobles prédécesseurs Guéant et Hortefeux. Sous sa direction, il a couvert les meurtres de la police à Clermont, Amiens, Toulouse, Argenteuil... et diffusé un puissant sentiment d’impunité dans les rangs des forces de l’ordre et notamment de la BAC.

Il était parmi les premiers informés du meurtre de Rémi, et a été en première ligne pour soutenir les assassins, comme en témoigne sa tirade limpide : « Avant même qu’une enquête ait été conclue, je n’accepterai pas la mise en cause des gendarmes »

Il ne s’agit donc pas pour nous d’une question de vérité ou de justice, mais de prendre acte d’une position claire de Valls, sa gauche et son gouvernement : pour eux, la police peut tuer sans être remise en cause.

Des camarades de l’AG de Rennes II

Carte des 104 ZAD [Source : France Info / Libération]

Manuel Valls. « Il faudra construire Notre-Dame-des-Landes »
Le Premier ministre Manuel Valls, dans une interview à Ouest-France, réaffirme sa volonté de voir aboutir le projet d’aéroport à Notre-Dames-des-Landes, en Loire-Atlantique.

Toutes les collectivités ont voté et financé l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Est-ce qu’il se fera ? Ne sera-t-il pas sacrifié au nom d’un accord PS-Verts ou du sommet climat de décembre 2015 ?

Non, j’ai déjà eu l’occasion de le dire. Ce projet est soutenu par les collectivités territoriales et par les acteurs économiques. Ce qui a été acté, c’est qu’il fallait attendre l’épuisement d’une série de recours, et des décisions de la justice administrative. Ce sera le cas au premier semestre 2015. Après la décision du tribunal administratif, il faudra alors s’engager dans la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Pour vous, le projet n’est pas, en l’état actuel des choses, menacé ?

Cela fait quinze ans que ce projet a été décidé et soutenu par les gouvernements successifs. Les raisons n’ont pas changé. Cet aéroport est nécessaire pour le développement de Nantes et de son agglomération, et plus globalement celui de l’Ouest de la France et des deux régions les plus directement concernées : les Pays de la Loire et la Bretagne.

C’est aussi une question d’équilibre en matière d’aménagement du territoire. Je reste donc favorable à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

[Source : Ouest-France]