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Dans le tableau morose du 6 novembre, belle victoire symbolique à Avignon, où, en fin de manif, ce sont les flics qui sont partis sous les huées – plutôt plus sympa que quand les manifestants se dispersent sous les lacrymos... Et la revendication pète à la gueule de l’État policier : « Libérez Avignon ! »

Avignon, 6 novembre tout le monde s’attendait à l’enterrement du mouvement et à la manif la plus planplan de l’année… et bien non, manif sauvage, confrontation avec des CRS débordés, gazage et tabassage de manifestants allaient être au programme !

Tout débute à 14h à la gare à l’appel de l’intersyndical, tout au plus un millier de personnes sont rassemblés au départ de la manif (les syndicats avaient annoncé 20 000 manifestants lors de la dernière journée). Puis le cortège s’ébranle et se met à grossir superbement. Combien de manifestants à l’arrivée devant le Pont d’Avignon ? Plusieurs milliers mais en tout cas bien plus que les pronostiqueurs de tout poils ne l’avaient prédit. Première surprise.

Puis, à la fin des traditionnelles prises de paroles, une personne (peut-être de SUD) appelle les manifestants à se rendre au Palais des papes (en centre-ville) où s’achève le « Forum d’Avignon » (« rencontres internationales de la culture, de l’économie et des médias ») en présence de toutes les crapules cultureuses imaginables et de leur ministre Frédéric Mitterrand. C’est environ un millier de manifestants qui vers 16h converge vers le lieu par petits groupes, sans étiquettes ou syndicalistes (CGT ou SUD).

Le secteur en question est verrouillé par un imposant dispositif de CRS et gardes mobiles. Un premier petit groupe de manifestants (SUD, CGT ou sans étiquette) cherche à rejoindre la place du Palais des Papes par une ruelle/escalier mais se trouve face à un léger barrage de gardes mobiles… et repousse alors ces derniers pour passer…. Les militaires ripostent par des tirs de grenades lacrymo et un viril matraquage (qui voit un manifestant repartir la tête en sang) et reprennent la rue.

D’autres groupes, profitant d’un labyrinthe de ruelles, réussissent à déjouer le dispositif policier pour accéder à la Place du Palais ; ils sont bientôt plusieurs centaines à s’y installer. D’autres centaines de manifestants, dans les deux principales rues d’accès à la place font face à des cordons de gardes mobiles débordés par la situation. Pendant plus d’une heure.

Les nombreux participants au Forum de la culture ayant fini leur champagne et devant prendre un TGV pour retourner sur Paris, des renforts de CRS sont dépêchés sur la place pour libérer le passage des berlines avec chauffeur qui attendent. Les manifestants présents sur la place sont gazés, bousculés et matraqués. Les rumeurs parlent de deux arrestations (dont un relaché peu après).

Puis vient le tour des participants du forum de seconde zone (sans berline avec chauffeur) se regroupant dans des cars et minibus sous les sifflets et huées des manifestants… qui bloquent ensuite le départ des véhicules vers la gare TGV. Nouvelle intervention des CRS qui repoussent les trouble-fêtes avec leurs boucliers.

Puis c’est le préfet du Vaucluse, en grand uniforme et escorté de flics de la DCRI et de la BAC, qui veut se frayer un passage pour rejoindre la préfecture distante de 300 m. Les manifestants, l’ayant repéré, accourent et l’insultent. C’est quoi son nom déjà ? « Enculé ! » me répond un responsable cégétiste (un peu homophobe mais bon…). Les CRS doivent speeder pour assurer sa protection jusqu’à la préfecture.

À ce moment-là tout devient très confus et en plus il commence à faire nuit (il est plus de 18 h). Les CRS amorcent un mouvement sur la place de l’Horloge où sont massés les manifestants et se rassemblent devant des camions situés sur une rue perpendiculaire (rue Favart). Personne ne comprend ce qu’ils vont faire, mais environ deux cents manifestants se rassemblent devant les fourgons ; on trouve beaucoup moins de syndicalistes badgés, plus de sans étiquettes, mais aussi pas mal de jeunes lascars qui trainaient sur la rue de la République : tout le monde
gueule « police partout, justice nulle part ! », « Libérez Avignon ! » mais surtout un vibrant et répétitif « cassez-vous ! ». En fait les CRS s’étaient rassemblés à cet endroit pour décrocher de la place ; une haie de bouclier doit se déployer pour faire un passage aux fourgons qui se replient sous les insultes, huées, sifflets et jets de quelques projectiles de fortune. Dernier « incident » lorsqu’une manifestante ouvre la porte du dernier camion (logistique) des flics ; les CRS gazent alors pour se dégager mais sont talonnés un bon moment par les manifestants hurlant « cassez-vous ! ». Victoire non militaire mais au moins morale si ce n’est politique.

Bref, du jamais vu pour une petite ville paisible comme Avignon ! La lutte
continue ! Pas de retraite à l’attaque !

[Source : IACAM]