TÉMOIGNAGES

Camp 2 pour étrangers de Vincennes : “Ici, c’est comme un pénitencier”


Publié le: 9 avril 2008

Aujourd’hui encore, les retenus parlent et dénoncent le scandale permanent du camp de Vincennes. « Ici, il y a des flics ils ont la haine. Je ne sais pas si c’est des fachos ou quoi, mais en tout cas, ils ont vraiment la haine contre les immigrés.  » Ainsi, dans ces zones de non-droit, Sarkozy et Hortefeux livrent les étrangers à des brigades racistes...

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Le contact du foyer des Terres-au-curé nous confirme que les derniers sont tous sortis.

« Il ya deux jours, un mineur de 16 ans est arrivé. » On nous le passe.

« J’ai dit aux flics que j’étais mineur et de m’emmener dans un centre pour mineur, mais ils m’ont emmené à l’hôpital ; le médecin a dit que j’avais 18 ans mais moi je suis mineur. Ils m’on fait un test osseux pour vérifier. »

« Je suis malade, j’ai travaillé trois ans et demi dans la construction et depuis j’ai mal au dos. Ici j’ai mal. »

« L’infirmière elle te prend juste la tension. Elle ne te donne rien du tout. »

« La nourriture c’est n’importe quoi, ils nous ramènent des trucs périmés. »

« Vendredi, tout le monde a déchiré les cartes d’identification. Samedi ils en ont refait des nouvelles où ils demandent la photo d’identité. Le capitaine a dit qu’il y aurait pas de nourriture, pas de visite et pas de médecin si on ne prenait pas la carte. Une cinquantaine de personnes n’ont pas mangé samedi. »

« Moi j’ai été arrêté deux fois. Une fois à la préfecture de Chartres alors que j’allais faire une demande. Une autre fois, à la sortie du métro Jules Joffrin. »

« Ils nous comptent trois fois par jour. »

« Des fois, on est cinq au lieu de trois dans la chambre. »

« Ils ont ramené grave de monde ce week end. Ça a chauffé parce qu’ils voulaient nous mettre à cinq par chambre. Les flics ont sorti leur bâton, il y en a même un qui est rentré avec son pétard. Le capitaine l’a même fait sortir. »

« Deux personnes étaient en train de fumer vendredi soir dans les couloirs. Deux flics sont passés leur ont dit de sortir. Ils ont dit OK. Une flic lui a quand même arraché violemment la cigarette de la main. Le retenu a poussé la flic, et tout de suite l’autre flic lui a mis une droite au visage. »

« Cette flic là elle a particulièrement la haine. Elle passe toujours pour créer des problème. Même le commandant nous a dit ce week-end qu’elle ne remontrait plus. Ils ont du voire la vidéo où elle a voulu que le mec écrase sa clope sur sa main. »

« Vendredi tout le monde a déchiré les cartes sauf les hindous. On les a mis dans un sac et on l’a balancé à la tête des flics à l’accueil. Ils ont mis deux personnes à l’isolement. Ils les prennent pas au hasard. Ils prennent ceux qui parlent bien français. Pour eux, c’est les meneurs. Par exemple, moi ils ont dit que j’étais un meneur parce que je parlais avec eux au nom de tout le monde. Ceux qui parlent français, c’est comme les haut-parleurs des retenus. »

« Dès fois, ils les gardent longtemps en isolement, dès fois ils les sortent rapidement. La dernière fois, ils ont relâché un mec parce que tout le monde a refusé de rentrer. »

« Vendredi, tout le monde a refusé de manger et le lendemain, certains n’ont pas continué donc on a arrêté ça serait à rien. »

« L’autre jour ils nous ont tous rassemblé dans le réfectoire pour nous compter. Il y avait pleins de flics et des chiens. On dirait qu’ils cherchaient quelqu’un qui s’était barré, mais ils nous disent rien, car sinon ça serait la porte ouverte pour nous. Ils le savent. »

« Pour la première fois, samedi, j’ai entendu l’alarme qui venait du CRA un. J’ai vu une quinzaine de flics courir par là bas. On ne sait rien de ce qui s’y passe. »

« En ce moment ils mettent que des coups de pression. Ils nous traitent comme des chiens, comme si on était là parce qu’on avait fait des conneries. Ils passent dans les chambres la nuit soit disant pour chercher des gens, mais en fait c’est que des coups de pression et de provocations. Au lieu d’aller directe dans la chambre du mec qu’ils cherchent, ils font toutes les chambres, une à une. »

« Par exemple, ils sont entrés dans ma chambre ; comme j’ai les cheveux longs ils se sont foutus de ma gueule. Quand je leur ai dit que le type qu’il cherchait n’etait pas là, ils ont répondu : “fermez vos gueules et montrez vos cartes”. Ici, il y a des flics ils ont la haine. Je ne sais pas si c’est des fachos ou quoi, mais en tout cas, ils ont vraiment la haine contre les immigrés. Il y en a des gentils et les pires je ne sais pas pourquoi c’est ceux qui sont d’origine étrangère. »

[Rappelons, comme c’était expliqué dans le reportage récent d’Envoyé spécial, que les flics affectés aux expulsions – par exemple dans les aéroports – sont volontaires. Il est bien probable qu’il en soit de même dans les camps de rétentions. Ce qui est certain, c’est que l’observation faite ici suivant laquelle “ils ont la haine” revient constamment. De toute évidence, des militants racistes trouvent dans ces brigades l’occasion de toucher un salaire – et des primes – pour exécuter des tâches qui les comblent idéologiquement... – QSP]

« Ici c’est impossible de dormir. Ils passent dans les chambres pendant la nuit, claquent les portes. Il y a la brigade canine, c’est des aboiements des chiens à partir de quatre, cinq heures du matin. Il est situé du côté du CRA un. Eux, ils ne doivent pas dormir de la nuit. Le matin c’est le micro. »

« Dans les chambres, il y a des odeurs incroyables ; dans les chiottes tu peux attraper n’importe quelle maladie. Tu verrais la douche, les couloirs, le réfectoire, tu n’en croirais pas tes yeux. »

« Voilà, ici c’est comme le pénitencier. »

[Source : fermeturetention@yahoo.fr]