« C’est un beau souvenir d’avoir travaillé à l’assemblée nationale »


Mis en ligne par: Frédéric L.I
Publié le: 16 janvier 2010

A lire aussi

14 janvier - Arrestations massives à Paris
A l’origine du mouvement des sans-papiers, après avoir été expulsés de l’église Saint-Ambroise, dans le 11e, ceux qui gagneront bientôt la célébrité en occupant l’église Saint-Bernard, à la Goutte d’Or, avaient d’abord trouvé abri non loin de là, dans des (...)

11 décembre 2011 - 50ème jour de rétention : émeutes et tentatives de suicide
45 jours de rétention, c’est désormais la règle. Non : on peut même dépasser les 50 jours. Cela aura été le cas d’un des deux désespérés de Vincennes que l’administration voulait expulser au 45e jour. 50 jours, c’est le record qu’aura atteint Mohamed (...)

21 novembre 2011 - Arrestation de deux sans-papiers métro saint-Michel
A l’instant, lundi 21 novembre 2011 16h30, nous recevons une nouvelle par téléphone : un rassemblement se déroulait place Saint-Michel, afin de faire pression sur la préfecture pour qu’elle étudie les dossiers des sans-papiers. Cette manifestation (...)

5 février - Paris Indymedia (Sans-Papiers) la Voix des sans-papiers n. 7
LA VOIX DES SANS-PAPIERS • N° 7 bulletin du mouvement et des collectifs de lutte autonomes N° 7 • Lundi 6 Février 2012 Le pdf de la Voix des sans-papiers est téléchargeable gratuitement sur le site : (...)

4 février - Migrants Outre Mer Expulsion de demandeurs d'asile en Guyane
Lettre ouverte au Préfet de Guyane pour l'application des droits des étrangers maintenus en rétention - 01. Mom et partenaires

4 février - Paris Indymedia (Sans-Papiers) Naufrages de migrants au large de Mayoytte : 5 morts
LA POLITIQUE MIGRATOIRE TUE ENCORE … Le sinistre décompte des victimes de la guerre aux migrants décrétée et mise en place de manière intensive par les gouvernements français à partir des années 2000, (...)


« C’est un beau souvenir d’avoir travaillé à l’Assemblée nationale », lâche Ousmane, 35 ans, travailleur sans papiers malien qui a précieusement gardé le badge que les services de sécurité du Palais Bourbon lui avaient établi pour pouvoir accéder au chantier du 101, rue de l’Université à Paris (7e arrondissement). Ousmane a travaillé un an, sous un nom d’emprunt de la fin 2006 à fin 2007 sur ce chantier de rénovation. Sous les ors de la République bien que sans papiers.

Ousmane et deux autres de ses collègues, tous employés comme intérimaires par la même entreprise de BTP, devaient témoigner, mercredi 13 janvier, lors d’une conférence de presse organisée par les onze syndicats et associations soutenant l’actuel mouvement des travailleurs sans-papiers.

Ils devaient être entourés de six députés de gauche, dont Noël Mamère (Verts), Sandrine Mazetier (PS), Patrick Braouzec (PCF) ainsi que d’une députée UMP, Françoise Hostalier. Le MoDem, bien qu’absent, s’associe à la démarche.

« POURQUOI PAS ENVISAGER UNE MISSION D’ENQUÊTE PARLEMENTAIRE »

Mme Hostalier avoue que son groupe parlementaire n’était « pas chaud » pour qu’elle soit présente. Mais la députée UMP du Nord était décidée à y participer « sans a priori », elle dont le mari, qui travaille dans le BTP, a déjà été confronté à de tels « problèmes ». « Cela mérite d’entendre des témoins, de comprendre, et voir ce que nous, législateurs, pourrions faire, relève-t-elle. Pourquoi pas envisager une mission d’enquête parlementaire pour entendre les administrations, les secteurs et les personnes concernées ? »

Le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, se dit lui « scandalisé par l’amalgame » qui serait fait à cette occasion entre l’Hémicycle et l’emploi de sans-papiers. « Comme toute institution publique, l’Assemblée nationale vérifie tous les marchés qu’elle passe !, s’insurge-t-il. Si après les sociétés utilisent des sous-traitants, nous n’avons pas les moyens de tout vérifier. »

Ousmane raconte que fin 2006 il travaillait sous son vrai nom avec une fausse carte de séjour. Fausse carte que les services de l’Assemblée ont tout de suite détectée. « Mais le chef de chantier m’a dit : “On a besoin de toi. Essaye de trouver la carte de quelqu’un d’autre” », explique-t-il. Ousmane est ainsi revenu avec la carte d’un autre et comme salarié d’une autre société d’intérim.

« Il ne s’agit en aucune façon de mettre en cause l’Assemblée nationale, ni même de demander une régularisation générale de tous les sans-papiers », relève la députée PS Sandrine Mazetier. Par sa présence, le PS entendait avant tout apporter son soutien aux 6 000 sans-papiers actuellement en grève, « qui travaillent depuis des années en France et ne demandent qu’à recouvrir leurs droits ». Et Mme Mazetier de dénoncer « l’hypocrisie de la société française ». « Aujourd’hui, il n’y a pas un grand chantier du BTP où il n’y ait pas de sans-papiers ! » souligne-t-elle.

Laetitia Van Eeckhout

LE MONDE