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« C’est un beau souvenir d’avoir travaillé à l’Assemblée nationale », lâche Ousmane, 35 ans, travailleur sans papiers malien qui a précieusement gardé le badge que les services de sécurité du Palais Bourbon lui avaient établi pour pouvoir accéder au chantier du 101, rue de l’Université à Paris (7e arrondissement). Ousmane a travaillé un an, sous un nom d’emprunt de la fin 2006 à fin 2007 sur ce chantier de rénovation. Sous les ors de la République bien que sans papiers.

Ousmane et deux autres de ses collègues, tous employés comme intérimaires par la même entreprise de BTP, devaient témoigner, mercredi 13 janvier, lors d’une conférence de presse organisée par les onze syndicats et associations soutenant l’actuel mouvement des travailleurs sans-papiers.

Ils devaient être entourés de six députés de gauche, dont Noël Mamère (Verts), Sandrine Mazetier (PS), Patrick Braouzec (PCF) ainsi que d’une députée UMP, Françoise Hostalier. Le MoDem, bien qu’absent, s’associe à la démarche.

« POURQUOI PAS ENVISAGER UNE MISSION D’ENQUÊTE PARLEMENTAIRE »

Mme Hostalier avoue que son groupe parlementaire n’était « pas chaud » pour qu’elle soit présente. Mais la députée UMP du Nord était décidée à y participer « sans a priori », elle dont le mari, qui travaille dans le BTP, a déjà été confronté à de tels « problèmes ». « Cela mérite d’entendre des témoins, de comprendre, et voir ce que nous, législateurs, pourrions faire, relève-t-elle. Pourquoi pas envisager une mission d’enquête parlementaire pour entendre les administrations, les secteurs et les personnes concernées ? »

Le président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, se dit lui « scandalisé par l’amalgame » qui serait fait à cette occasion entre l’Hémicycle et l’emploi de sans-papiers. « Comme toute institution publique, l’Assemblée nationale vérifie tous les marchés qu’elle passe !, s’insurge-t-il. Si après les sociétés utilisent des sous-traitants, nous n’avons pas les moyens de tout vérifier. »

Ousmane raconte que fin 2006 il travaillait sous son vrai nom avec une fausse carte de séjour. Fausse carte que les services de l’Assemblée ont tout de suite détectée. « Mais le chef de chantier m’a dit : “On a besoin de toi. Essaye de trouver la carte de quelqu’un d’autre” », explique-t-il. Ousmane est ainsi revenu avec la carte d’un autre et comme salarié d’une autre société d’intérim.

« Il ne s’agit en aucune façon de mettre en cause l’Assemblée nationale, ni même de demander une régularisation générale de tous les sans-papiers », relève la députée PS Sandrine Mazetier. Par sa présence, le PS entendait avant tout apporter son soutien aux 6 000 sans-papiers actuellement en grève, « qui travaillent depuis des années en France et ne demandent qu’à recouvrir leurs droits ».
Et Mme Mazetier de dénoncer « l’hypocrisie de la société française ». « Aujourd’hui, il n’y a pas un grand chantier du BTP où il n’y ait pas de sans-papiers ! » souligne-t-elle.

Laetitia Van Eeckhout

LE MONDE