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Occupant de la Bourse du travail, S. F. vient de Guinée. Il vit en France depuis 1992.

J’étais mécanicien chauffeur. Je travaillais à Conakry.

Je suis venu parce que j’aimais beaucoup le France. C’est le pays qui a colonisé la Guinée. La France nous appartient comme la Guinée appartient à la France. Depuis le Général de Gaulle jusqu’à aujourd’hui on a vécu vers l’unité entre les deux.

Je suis là depuis 1992. J’étais en Martinique pendant 12 ans. Je vivais avec une martiniquaise. Les Antillais, dans leur mentalité, nos grands-pères ont vendu leurs grands-pères. Donc on n’a pas pu se marier. Pendant cinq ans, je vivais avec elle. Elle avait trois enfants. Elle m’a proposé de reconnaître un enfant pour avoir des papiers.

J’ai reçu des papiers en 1999, en mai. En novembre je suis parti à Conakry. À mon retour en février 2000 en Martinique, j’ai voulu renouveler ma carte de séjour, mais ils m’ont dit qu’ils avaient fait une enquête et que l’enfant n’était pas le mien. Depuis, je n’ai plus de papiers.

Je suis diabétique. J’ai subi deux opérations en 2002 et 2005, de l’œil gauche et de l’œil droit. Tous les trois mois j’ai une visite à l’hôpital pour les yeux, tous les six mois pour le diabète. J’ai un comprimé à prendre trois fois par jour.

J’ai vécu en Martinique jusqu’en 2002. Je suis tombé dans la merde d’un contrôle.

Au tribunal administratif, ils m’ont dit que la préfecture devait revoir mon cas. On m’a reconduit à la frontière en janvier 2002. Je suis revenu en juin 2002. J’ai cherché les papiers partout. Je suis délégué à la coordination 75.

Ce que je veux demander aujourd’hui à mon tour, avec tous mes frères et sœurs qui sont là à la Bourse, c’est les papiers.

Ça fait longtemps que j’ai arrêté de travailler. En cas de contrôle c’est pour ça. Je travaille petit à petit.

Je suis père de famille, j’ai sept enfants au pays, et ma femme. Je n’ai pas pu les voir depuis six ans et demi. Ça me fait du mal.

Quand tu vois les 18 nationalités qui sont ici, il y a au moins quinze pays, c’étaient des colonies françaises. Si la France nous a traités comme des esclaves, c’est honteux. Pour nous, c’est honteux pour la France.

Je voudrais que les Français, qui connaissent la France mieux que nous, nous aident à avoir nos papiers. On est ensemble depuis l’indépendance et le Général De Gaulle. On veut se battre avec les Français. Nous ne sommes pas des délinquants, on n’est pas ici pour vendre de la drogue ou pour violer les femmes.

On veut travailler ensemble pour l’intérêt de la France et de l’Afrique. C’est ce que nous voulons.

Je suis militant depuis 2004. La lutte aujourd’hui, c’est bon. Très bon. Il fut que nous les Africains en France nous soyons solidaires entre nous. Nous vivons ensemble, nous travaillons ensemble.

Tant qu’on ne se bat pas ensemble, nous n’aurons pas ce que nous voulons. Ceux qui peuvent nous rejoindre doivent venir dans le collectif. Message à mes frères et sœurs : venez nous rejoindre à la Bourse.

Langues : soussou, malinké, peul.

Nous ne sommes pas venus en clandestins. Je suis contre les gens qui prennent les pirogues parce que ça tue beaucoup de monde.

Si je savais que ça existait, je serais resté au pays pour se battre à côté.

Aujourd’hui, je regrette et je ne regrette pas. Je suis malade, j’ai une aide médicale. Chaque 3 et 6 mois je crois à l’hôpital. Je n’ai pas de papiers.

Nous sommes ici, on dort ici, on mange ici. C’est les colonies françaises qui sont ici. C’est honteux pour la France. Nous on connaît la démocratie de France. Mais ça ne peut pas aller comme ça. Nous on veut travailler avec les Français. Il faut que la France connaisse notre valeur. C’est deux états qui ont travaillé ensemble depuis 1958. On n’est pas venus pour être des mendiants, tendre la main.

De Gaulle a dit beaucoup de choses pour l’Afrique. Si la politique change tout le temps c’est décourageant.


Alo ena agné bara
« On veut travailler avec les Français »


Propos recueillis par A.L.O.