L’information au jour le jour sur le quotidien des sans-papiers.

Nous suivre :



Media :
 
Articles :

La bataille pour les biffins continue.

D’un côté la mairesse du XXe, Frédérique Calandra, qui en est à dépenser l’argent du contribuable pour imprimer et distribuer un tract dans toutes les boîtes aux lettres appelant à une manif dans la grande guerre contre les plus pauvres qu’elle a engagée, en authentique social-fasciste qu’elle ne se cahce pas d’être.

De l’autre, le comité de soutiens aux biffins qui se réunit depuis plusieurs mois maintenant (mi-mars), et qui milite en faveur de « solutions » sous formes de carrés des biffins légaux, ouverts un ou deux jours par semaine, réservés à une centaine de vendeurs, qui permettraient de sortir de la répression tous azimuts que les maires sociaux-fascistes comme la Loppsi sarkozyste organisent.

Ainsi, dans notre monde de plus en plus structuré et policé, riche e content de lui, la place des pauvres, qui a toujours existé à travers les âges, seraient inconcevable. Au mieux, on les accepterait, pas trop nombreux, à condition qu’ils soient encadrés par des bataillons de travailleurs sociaux.

Imaginez un budget de 500 000 euros pour cent places (à la porte Montmartre)... Si on donnait cinq mille euros à chacun… Ah non ! C’est pas comme ça la vie. On préfère payer des gentils travailleurs sociaux pour leur bien…

Mais la simple liberté, ça non ! Voilà la chose la plus inconcevable, la plus inadmissible, insupportable. C’est qu’ils sont trop… Et puis, « il y a de la pourriture » parmi ces gens-là, nous disait un apparatchik Vert. Certains vendent des produits neufs… Volés ? Tombés du camion ? Allez savoir ! Parfois on voit même des enfants avec eux… Alors qu’ils feraient mieux d’aller à l’école ! Imaginez que ces gens-là peuvent carrément exploiter ces pauvres petits, leur soutirer les pauvres sous qu’ils ramassent, comme chez Dickens.

Tiens, voilà un auteur qu’il faudrait relire.

Dans notre beau XXIe siècle, le XXe arrondissement ne sera pas comme le Londres de Dickens. Ici, on se respecte. Les pauvres, il faut qu’ils disparaissent, ou qu’on puisse proprement les encadrer.

La cour des miracles, c’est fini.

La société sans cœur est avancée.

Paris s’éveille

Ci-dessous un article trouvé sur Agoravox qui rend compte de ce drame de la conscience, dans lequel la pensée parisienne s’engloutit pour redescendre bien plus bas que terre :

Alors que les rues d’Espagne s’agitent après celles de Tunis et d’Athènes, à Paris les riverains de Belleville et la maire du 20e arrondissement ont manifesté ensemble le 20 mai au soir pour exiger l’évacuation du « marché de la misère » de Belleville. Analyse.

Allégorie de la Madone des Biffins

La tension monte à Paris sur le Boulevard de Belleville. Depuis deux mois, une bonne centaine de vendeurs à la sauvette, les « Biffins », sont revenus s’installer sur le terre plein central entre les métros Couronnes et Belleville. En fin d’après midi et jusqu’au coucher du soleil, ils vendent à même le sol toutes sortes d’objets, vêtements, chaussures, chargeurs pour téléphones, café moulu, abat-jours, sacs à dos... Des occasions pour la plupart trouvées dans les poubelles ou échangées à leurs voisins, ou pour certains tombées du camion. Excédés par le bruit, la foule et les détritus qui parsèment le paysage urbain, plusieurs riverains de Belleville ont monté une association et demandent que la police intervienne. La maire du 20e, Mme Calandra (PS), semble les entendre.

L’histoire se répète

Un an plus tôt, Sauve qui peut ! L’intervention de la préfecture à la demande du maire du 19e, cette fois (Le boulevard de Belleville Couronne jouxte les deux arrondissements), avait réussi à faire décamper les malheureux. Coursés par la police, on avait retrouvé les vendeurs à la sauvette en marge des puces de Saint Ouen ou de Montreuil. Quelques semaines plus tard, porte de Montreuil, des riverains « excédés » à leur tour ont dit leur ras le bol. Nouvelle manche du chat et de la souris, intervention de la mairie et de la police, et voilà les biffins repartis à Saint Ouen ou allés tenter leur chance porte de Bagnolet... Jusque sur les passerelles piétons qui enjambent le périph, attisant la curiosité des automobilistes.

La prospérité ou la biffe !

Mais en ces temps de grande prospérité économique pour certains et de vache maigre pour d’autres, la misère est apparemment (très) tenace. Pour preuve ces « travailleurs informels », comme on les appelle sous d’autres latitudes, ont fini par revenir à Belleville. On les a laissé faire (aurait-on pu faire autrement, d’ailleurs ? Les policiers s’avouent démunis), jusqu’à cette réunion houleuse au conseil de quartier de Belleville, le 10 mai, où la maire du 20e a proposé d’organiser la manifestation de ce soir.

Pas question d’autoriser les biffins, leur activité est trop miséreuse ! Déclarait la maire PS, oubliant qu’il n’y a pas de travail pour cette partie de la France et qu’en conséquence, la biffe est probablement pour ces gens-là la moins mauvaise des misères alors même qu’elle soulage, juste un peu, les dépenses d’assurance vieillesse ou d’aide sociale en attendant, peut-être, une réforme plus radicale...

Aux marges des puces ou à Belleville, la population des biffins étonne toujours par sa pyramide des âges. De fait, les vieux et les très vieux sont en force : c’est la France pauvre et urbaine de la bricole jusqu’à 70 piges facile. Plus qu’une raison de vivre, on lutte pour un gagne-pain et, pour certains pour un peu de dignité : la biffe, activité aussi vieille que la métallurgie, constitue un travail avec ses techniques propres et donne naissance, osons le terme, à un réseau social.

Bien sûr, il y a des produits volés, des jeunes qui pourraient faire autre chose, un peu d’insécurité. Oui les Roms et les Chinois sans-papiers, terreau rêvé pour les politiciens en quête de boucs émissaires, ont remplacé les Espagnols ou les ritals des années 50. Ainsi va la vie, plus tenace que toutes les Marine. Selon une enquête très complète, menée en août 2008 par l’association ADIE sur les biffins de Montmartre, une majorité de ces vendeurs informels n’a pas d’autre activité possible que la biffe, pour un ensemble de raisons qui n’est pas difficile à concevoir : niveau de qualification et persistance élevée du chômage, par exemple.

Le carré des biffins à Porte de Montmartre

Est-ce ce constat qui a poussé la mairie du 18e à expérimenter un espace de vente légal pour les biffins ? Non, affirme le collectif Sauve qui peut de la Porte Montmartre, pour qui la solution trouvée est le résultat d’une pression citoyenne locale, qui a su fédérer habitants, biffins et commerçants, tous motivés par l’humanité et l’intelligence, plutôt que la démagogie et les solutions expéditives. Un « carré des biffins » a donc vu le jour, sous les auspices de la mairie et de la concertation : une centaine de places pour les Biffins, où ils peuvent exercer sous certaines conditions en étant accompagnés par une association. Depuis, cet espace légal facilite indéniablement la vie d’une centaine de travailleurs pauvres... Même si certains biffins septuagénaires refusent le dispositif et continuent la biffe 30 mètres à côté. Là, devant les portes fermées du collège de la porte Montmartre, aucun riverain ou presque, pour les empêcher de travailler.

Faut-il faire la même chose à Belleville ?

À Belleville, les lieux sans habitants sont plus rares. Le dialogue et la concertation sont présents, depuis notamment cette réunion débat organisée par plusieurs associations locales au centre social du bas Belleville, en mai 2010. Depuis, il y a eu un peu d’« agit prop » vis-à-vis de la mairie taxée d’indifférence, et un collectif s’est créé : il rassemble des militants associatifs, des habitants et des élus politiques. Son objectif, contribuer à une solution concertée à partir d’un constat partagé simple :

1. la solution policière, parce qu’elle déplace au lieu de résoudre, est irresponsable,

2. Les Biffins n’ont pour la plupart pas d’autre travail possible que la biffe.

Une fois ce double constat fait et mise de côté une hypothétique révolution du système, la nécessité d’un combat commun émerge : il s’agit de construire avec toute les « parties prenantes », riverains, mairies, commerçants et biffins, la moins mauvaise des solutions possibles.

Post Scriptum - Mardi 20 mai vers 21h, je passais sur le boulevard pour voir. Seuls restaient quelques tas de vêtements, un vendeur de café et des glaneurs. J’alpaguais un vieil homme avec un sac Ikéa plein à rabord et un caddie.

[Source : agoravox]