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C’est en lisant hier soir l’article publié dans Le Monde (ci-dessous reproduit) qu’il est apparu évident de devoir publier un article sur l’expulsion du bidonville de La Folie à Bobigny qui a eu lieu hier en fin de matinée. L’expulsion du terrain met en lumière les failles des discours officiels. Discours policier néanmoins bien rodé et évidemment relayé.
L’article du Monde écrit par une journaliste de l’AFP illustré d’une photographie d’archive qui n’a pas été prise hier matin à Bobigny est l’un des transmetteurs de ces petits mensonges officiels qui rendent la vie plus douce et les évacuations de terrain moins pénibles… pour l’administration.

Le photographe de l’AFP, car il y en avait un même si ce n’est pas ses photos qui ont été publiées, est le seul à être arrivé en même temps que la police. Il était bien mieux informé.


Photo/ BSB. Les familles appellent le 115.

Une cinquantaine d’habitants du bidonville étaient encore devant le terrain à l’arrivée massive de policiers, de fonctionnaires préfectoraux, et autre ribambelle de gestionnaires.
Les familles accompagnées par une dizaine de jeunes gens en service civique au Enfants du Canal depuis à peine un mois pour la plupart – découvrant pour la première fois de leur vie les méandres d’une expulsion –, tentaient de joindre le 115 afin de trouver un hébergement d’urgence face à la situation.

Quelques citoyens solidaires étaient également présents et démunis.
Une journaliste envoyée par LCI était là ainsi qu’un travailleur social de l’ASSET, accompagnateur à la scolarité sur plusieurs terrains d’Île-de-France, notamment auprès des enfants de ce bidonville.

Photos BSB : Les Enfants du canal, jeunes en service civique

Les familles qui restent ainsi jusqu’au dernier jour d’une expulsion sont les plus démunies, c’est qu’elles ne savent pas où aller. Pour dire leur dénuement, elles avaient passé toute la journée d’hier à écorcher les coquilles des caravanes afin d’en récupérer le revêtement en aluminium qui se vend 85 centimes le kilo.
Le préfet Galli est arrivé en trombe avec une caméra Go-Pro vissé sur la tête, tel un policier de terrain. Sept camions de gendarmerie et une cinquantaine de gendarmes en gilet pare-balles se sont déployés face au terrain, empêchant toute circulation.

photoBSB/ cinquante gendarmes mobile déployés

Ils étaient accompagnés de la police nationale de Bobigny ainsi que des fonctionnaires de la BAC venus pour ouvrir toutes caravanes et baraques fermées.
Des photographes avec le brassard de la police ont quant à eux mitraillé le terrain abandonné pendant plus d’une heure.

En plus du préfet Galli, il y avait le préfet de la direction régionale et interdépartementale pour l’hébergement et le logement (Drihl), monsieur Didier Leschi. Ce dernier déclarait aux micros tendus qu’il était là pour « proposer des solutions d’urgence aux plus vulnérables », ce que retranscrit tel quel l’article de l’AFP. Présent jusqu’à la fin de l’expulsion, il n’a cependant pas daigné se signaler aux familles démunies ni au travailleur social, ni même aux jeunes gens des Enfants du Canal qui continuaient à appeler sans succès le 115.

Dans la matinée, quelques-uns ont réussi à joindre le service d’hébergement d’urgence qui leur a annoncé que s’il s’agissait d’une expulsion, alors la préfecture les aurait prévenus et qu’ils n’avaient pas été prévenus… Mettant un temps en doute le fait qu’une expulsion aurait lieu ce matin. Ils conseillèrent d’attendre que la Drihl prenne en charge toutes ces familles ensemble. Enfin un autre coup de téléphone de leur part annonça qu’il fallait reprendre patiemment les appels individuels au 115, puisque la Drhil n’avait pu leur réserver aucune place, ce que firent familles et jeunes en service civique, durant toute la journée.

C’est donc sur fond de la fameuse musique du 115 que monsieur Leschi, à quatre mètres de là, déclarait que tout était fait et qu’il était là pour ça.
Un monsieur, citoyen lambda, vint lui signaler une femme enceinte avec des problèmes de santé, le préfet lui ayant indiqué les fonctionnaires prévus à cet effet.

À la question : « Pourquoi n’avez-vous pas fait le nécessaire ? », monsieur Leschi répond courtoisement : « On attend qu’on nous le demande. »
— Ils appellent le 115 là.
— Bah c’est ça, ils doivent appeler le 115.
— Mais vous ne faites pas quelque chose de votre côté ?
Réponse bien calibrée : « Eh bien on regarde les situations individuelles mais la difficulté qu’on a eue ici c’est que les travailleurs sociaux n’ont pas pu rentrer, parce que quand ils ont voulu faire le diagnostic social, ils se sont fait agresser. Donc ils se sont retirés. »
— Bah pas tous, il y en a là.
— Ah bah il faut nous les présenter, non ça c’est pas des travailleurs sociaux, les Enfants du Canal, c’est ça dont vous parlez ?
— Il y a aussi un travailleur social de l’ASSET.
— Bah nous sommes des travailleurs sociaux aussi. Donc la question c’est que nos listes sont imparfaites, et donc il faut qu’on regarde.
— Ils ont fait une liste là.
— Eh bé on est là pour ça.
— Mais vous ne signalez pas aux gens que vous êtes là pour ça ?
— Mais ils le savent. Vous savez les Enfants du Canal on les finance, donc ils le savent parfaitement. C’est une association financée par la préfecture.
— C’est pas écrit sur votre veste !
— Oh ils nous connaissent, ne vous inquiétez pas.

Voilà un dialogue fort inquiétant. qui ne s’arrête pas là.

Et monsieur Leschi de poursuivre :

— C’est toujours une situation très difficile, en particulier dès lors qu’on n’a pas pu faire le diagnostic social en tout cas imparfaitement…
— Vous avez des exemples de diagnostics sociaux qui se sont bien passés ?
— Oui bien sûr.
— Lesquels ?
— Oh dans la plupart des campements ils se passent bien. Par exemple celui des Coquetiers était PARFAIT, juste à côté.
— Ah les Coquetiers ! Vous savez où sont la moitié des familles des Coquetiers ?
— Tout à fait, je ferai un bilan avec l’ADOMA et l’ensemble des associations qui s’en occupent.
— Pour vous ils sont tous relogés ?
— On fera un bilan bientôt.
— Les Coquetiers c’était l’automne dernier ?
— Oui et on continue à les suivre, famille par famille.
— Alors vous savez que sur ce terrain (en train de se faire expulser) il y a des familles des Coquetiers ? Que là devant vous ce sont des familles des Coquetiers ? Donc dans le diagnostic « parfait » des Coquetiers vous savez qu’il y a des familles qui étaient encore en bidonville et qui sont en train d’être à nouveau expulsées. Vous ne les voyez pas ?
— Moi je ne suis pas travailleur social, chacun son métier.

Travailleur social, pas travailleur social ? un dialogue inquiétant quant au volet « social » de l’action de l’État. On constate qu’il manque cruellement de dialogue, et de bonne foi.
Un début de travail est effectivement amorcé pour le relogement de familles de bidonvilles, des contrats sont passés avec des hébergeurs historiques de travailleurs immigrés comme l’ADOMA, que des « travailleurs sociaux à la haute déontologie » comme dit le prefet de la Drhil sont payés, mais ne font pas leur travail, et que surtout les discours rassurants et humanitaires sont là pour la façade, qu’en réalité les personnes qui se présentent et arrivent avec la police pour « gérer l’hébergement d’urgence », préfèrent laisser des jeunes gens en service civique depuis un mois pour gérer une crise qui les dépasse. Laissant surtout aux familles le soin de se débrouiller seules tout en étant présents pour dispenser leur bonne parole aux micros des médias… Amen.

Rien de nouveau sous le soleil de la canicule…

Le préfet Galli responsable de l’opération pouvait se réjouir au nom de tous : « Vu l’état du camp je pense qu’il n’y a pas de regrets à avoir et que même les habitants du camp ne sont pas fâchés de partir. » Puis, serein : « Toutes celles et ceux qui appelleront le 115 auront une réponse. Voilà. »
Et sarcastique : « Je ne vous dis pas laquelle, parce que, je n’en sais rien. »

Ce mercredi midi, une seule famille était hébergée à l’hôtel, tout simplement parce que déjà hébergée par le 115. Ni la famille de la dame enceinte (avec de gros problèmes de santé) signalée par un citoyen sur place à monsieur Didier Leschi et son équipe, ni les autres n’ont eu accès à un relogement. Pas même la famille de la petite Mélissa morte dans l’incendie du terrain des Coquetiers et réfugiée sur ce terrain de La Folie n’aura été prise en charge. Ils auront dormi dehors cachés sous des broussailles du 93. Le travailleur social sur place ayant appelé le 115 et le CIAO urgence/famille de Paris avec les familles tout l’après-midi aura eu pour réponse que ces personnes n’étaient pas de Paris et que le 115 du 93 n’avait pas de place disponible, alors que la Drihl affirme avoir fait le nécessaire. Belles paroles et petits mensonges.

Paris s’éveille.
Lire aussi l’article précédent sur le sujet Expulsions de terrain de Ivry à Bobigny :

Reportage photos Barbara Serré-Becherini







Article de l’AFP reproduit dans Le Monde du 21 juillet et repris dans Le Var matin :

Une cinquantaine de Roms, majoritairement bulgares, ont été évacués dans le calme, mardi 21 juillet en milieu de matinée, d’un campement installé illégalement depuis 2011 sur un terrain privé de Bobigny (Seine-Saint-Denis), a constaté une journaliste de l’AFP.

Les forces de l’ordre sont arrivées vers 10 h 30 dans ce camp dit de « La Folie », à l’entrée de Bobigny, propriété de la société d’économie mixte (SEM) Séquano, et sous le coup d’une décision de justice ordonnant l’expulsion. Installé depuis 2011 et dans un grand état de délabrement et d’insalubrité, ce campement a accueilli jusqu’à 200 personnes, notamment après l’évacuation du camp emblématique des Coquetiers, en octobre 2014.

Environ cinquante personnes, entourées de représentants d’associations de défense des Roms, étaient présentes mardi matin sur le site. Selon Véronique, une enseignante de l’école Marie-Curie, où sont scolarisés de nombreux enfants Roms à Bobigny, la situation de ces migrants est dramatique.

« Des parents sont revenus à Bobigny car l’école, c’est un point important. Ce camp n’était pas le plus sûr, beaucoup disaient qu’il y avait une mauvaise ambiance et faisaient tout pour partir. Ceux qui restent sont les situations les plus désespérées. »

Assises sur le trottoir, avec poussettes, valises et sacs remplis d’effets personnels, les familles expulsées, « entre 10 et 20 », selon l’association Les enfants du canal, ont regardé la pelleteuse procéder à la destruction du terrain, voué à accueillir des logements et des commerces.
4 000 Roms évacués depuis janvier.

Comme l’oblige la circulaire de 2012, qui prévoit l’accompagnement des familles roms, un diagnostic social a été effectué avant le démantèlement, mais « il n’a pas pu être mis en œuvre complètement car deux agents ont été agressés sur le terrain », a expliqué sur place le préfet de Seine-Saint-Denis, Philippe Galli. En l’absence de proposition de relogement pour ces familles, des représentants de la direction régionale et interdépartementale pour l’hébergement et le logement (Drihl) étaient présents pour proposer des solutions d’urgence aux plus vulnérables.

Ce camp est le 44e à être évacué en Seine-Saint-Denis depuis le début de l’année. Le département, où se trouvaient 143 camps en 2013, en compte aujourd’hui 46 pour 2 400 Roms, selon la préfecture. Près de 4 000 Roms ont été évacués de 37 campements ou lieux de vie par les autorités en France, soit en moyenne 150 par semaine, durant le premier semestre 2015, selon la Ligue des droits de l’homme (LDH).