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Mardi 6 novembre, à 23h, je me rends
au café St Germain, situé à Calais
Nord.

Je relève immédiatement les regards
des présents. En effet, je suis accompagnée
par un « réfugié » africain,
muni d’un document légal. J’avance
tout de même.

Le barman blond m’accoste aussitôt
et m’annonce le refus de consommer
dans le café. Je lui en demande les raisons.

Il me dit qu’une bande de quatre
réfugiés avait cassé leur toilette, il y a
quatre mois. Je lui fais remarquer que
cette histoire remonte à plus de quatre
mois et que la personne ici présente
n’était pas incriminée.

Il me répond qu’à présent le bar est
interdit aux réfugiés.

« Comment pouvez savoir que c’est un
réfugié ? » lui répèterais-je plusieurs
fois, sans réponse de sa part.

Le chef du bistrot s’amène, secondé
par une sorte de videur trappu. Le
propriétaire me raconte à peu près la
même histoire que son barman. Je lui
demande s’il a déposé plainte.

« Non » me dit-il. « Pourquoi ? » Pas
de réponse autre que « ce n’est pas le
problème ». Je lui rappelle qu’il s’agit
d’une histoire très ancienne et le
questionne sur ses critères de reconnaissance
d’une personne réfugiée.

« Comment pouvez savoir si cette personne
qui m’accompagne a des papiers
ou non ? » « Je reconnais les réfugiés
par leurs habits », finira-t-il par me
répondre. Je regarde mon copain, il
n’est pas mal habillé, ses vêtements
sont propres.

Lorsqu’enfin, je sous-entends que je
pouvais faire venir un huissier pour
constater le refus de consommer à une
personne noire, le propriétaire se
fâche et se met à me menacer d’appeler
la police. Je lui dis de le faire. Il
m’indique la sortie tandis que le
copain réfugié ne cesse de dire « no
problem ». L’ambiance est plutôt brutale.

Arrivés sur le trottoir, le videur fermant
notre marche, je termine mon
plaidoyer militant, en spécifiant que
ce refus est un acte relevant du
racisme. Le propriétaire sort la tête et
me lance furieux « Vous avez dit que jesuis raciste ?! ». Je répète mes propos.

Nouvelle menace de porter plainte
contre moi…

Pour la petite histoire, après être sortis
du St Germain, nous avons
dégusté un bon petit café dans un
Café sympa, pas raciste, avec des gens
bien. Car à Calais, il n’y a pas plus de
racistes qu’ailleurs. Mais le pouvoir
en place et sa police favorisent les
agressions verbales et les violences
que les racistes engendrent.

[Source : Inter-luttes Calai]