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Qui sont les « voyous » que dénonce Hortefeux ? Les CRS ? Les civils innombrables mobilisés pour semer la terreur dans les manifestations ? Les Préfets qui commandent ces déploiements de violence contre des travailleurs ou des lycéens qui manifestent, pour l’essentiel, pacifiquement ? Il est à craindre que la plupart des procédures intentées contre des manifestants interpelés soient aussi vides que le sont en général les plaintes de la police pour outrages ou violences. De purs montages judiciaires reposant sur des témoignages policiers dont la « crédibilité » est certainement questionnable, ainsi qu’une avocate pouvait le dénoncer à Lyon, pour une audience où la vacuité des discours d’Hortefeux éclatait à la vue de tous.

Hier à midi, il n’y avait quasiment plus une poubelle debout dans le centre-ville de Lyon. Plusieurs voitures étaient retournées, d’autres brûlées. Le même scénario se reproduit ce mardi matin. Vers 9 heures, une voiture était déjà en feu devant le lycée Diderot à la Croix-Rousse. En fin de semaine, la préfecture du Rhône avait annoncé une soixantaine d’interpellations suite aux violences commises en marge des manifestations de lycéens. La préfecture insistait sur le casier chargé d’une bonne partie des interpellés, que l’on s’attendait donc à retrouver, hier, à l’audience de comparution immédiate. Mais il n’y avait que deux personnes dans le box et une troisième à la barre, comparaissant libre. Et rien qui ressemblait aux casseurs décrits par la préfecture…

Il y a là Fabien, étudiant de Science-Po soupçonné de dégradations volontaires et de violences envers un policier. Il demande le renvoi de son affaire pour préparer sa défense. Le tribunal décide qu’il attendra sous les verrous. Fabien repart menotté et les yeux embués. Camille lui succède. Elle a 18 ans et pas de casier. Elle est militante alternative, ancienne élue au Parlement européen des enfants et au conseil municipal des jeunes. Elle vient de passer trois jours au quartier des femmes de la maison d’arrêt de Lyon.

Le tribunal lui reproche d’avoir causé des dégradations sur une voiture prise dans une manifestation et d’avoir jeté un caillou sur une « sucette » (panneau publicitaire) JC Decaux. Elle reconnaît les faits pour la sucette. Dit qu’elle regrette « ce geste stupide qui dessert notre cause ». Sa mère avait réglé le préjudice le jour même à JC Decaux. Pour la voiture, elle nie. Et la propriétaire, présente à l’audience, explique que Camille n’a en effet rien fait, contrairement ce qui apparaît dans la procédure. « Elle a juste posé ses mains sur le capot », raconte-t-elle. Me Roksana Naserzadeh, avocate de la défense, s’interroge sur « la crédibilité de ce qu’écrivent les policiers ». Camille est relaxée pour la voiture, condamnée à une amende pour la sucette publicitaire, et libérée en fin de journée.

Son copain Lou, 18 ans lui aussi, étudiant en musicologie, est là pour avoir fait des doigts d’honneur aux policiers qui prenaient des photos sur le côté de la manif et avoir jeté un sac de feuilles mortes sur l’un d’eux. « Qui a été victime de doigts ? », demande le président. Deux hommes se lèvent : « C’est nous ». « Il nous a fait des doigts répétés. » Sourires dans la salle. Les policiers réclament chacun 500 euros de dommages et intérêt pour les doigts, donc. L’un d’entre eux en profite pour dire que Camille est bien connue des services de police. « Je l’avais déjà repérée, c’est une militante habituée à la contestation ». Camille hausse les épaules. Lou est condamné trois mois de prison avec sursis.

Le parquet avait réclamé trois mois de prison fermes pour Lou et un mois ferme pour Camille. Me Roksana Naserzadeh, fait remarquer que « ces deux-là n’ont pas le profil de ces jeunes qui attendent et profitent des manifs pour commettre des violences. Ce sont des militants. » Elle dit ne pas comprendre pourquoi le parquet avait réclamé de la prison ferme.

Les dizaines d’autres interpellés récidivistes annoncés par la préfecture n’ont pas eu droit au même traitement. Certains, laissés libres, ont été convoqués à des audiences ultérieures.

[Source : LyonLibération]