FOYER TERRES AUX CURÉS
Après la grande rafle, que s’est-il passé pour les résidents du foyer ?
Publié le: 3 avril 2008
Ce mardi 12 février, à cinq heures du matin, un important dispositif policier bouclait la rue Albert dans le XIIIe arrondissement. Les policiers armés de tronçonneuses ont fait ensuite irruption dans un foyer de travailleurs migrants, au 43 rue des Terres-aux-Curés, en brisant toutes les portes des chambres. La rafle est violente.
Deux personnes se défenestrent, d’autres sont blessées. La police a procédé à plus d’une centaine interpellations. Cette opération rappelle de sinistres souvenirs qui hantent, à juste titre, notre mémoire collective…
Pourquoi ? Les prétextes avancés par les autorités ont évolué au fil des heures : on a parlé de conditions d’hygiène et d’insalubrité mais aussi de trafics. Après les audiences au Tribunal, il semblerait plus simplement qu’il s’agisse de traque aux sanspapiers...
Cent quatre personnes ont finalement été arrêtées, pour défaut de papiers.
Le jour même s’organise une manifestation du métro Tolbiac au foyer. Elle réunit entre cent et deux cent personnes : organisations, autonomes, étudiants (quelques personnes de Tolbiac), sans-papiers, avec-papiers...
Le lendemain une manifestation est organisée en fin d’après midi ; elle réunit entre 800 et mille personnes, et aboutit devant la mairie du XIIIe arrondissement. Devant la pression, le maire PS offre à la foule un magnifique discours. Il se dit outré par ce qu’il s’est passé au foyer, car bien sûr il n’était pas au courant, doute de la validité des prétextes invoqués par la préfecture pour justifier cette rafle, et se demande même si ce n’était pas une opération pour arrêter des sanspapiers...
Le lendemain les raflés du foyer passent devant le juge des libertés et de la détention au 35 bis (Cité). Quelques personnes sont là en soutient, dont des lycéens de Rodin et Monet. Impossible d’entrer dans le tribunal, selon les policiers, les salles sont pleines. Pleines de quoi ? L’histoire ne le dira pas, mais il y avait bien de la place pour d’asseoir. En tout cas ces même personnes, quelques cent autres lycéens et quelques étudiants se rassemblent l’après-midi devant la mairie du XIIIe, et demandent à voir le maire, pour lui rappeler ses promesses d’éclaircir toute cette histoire et de soutenir les raflés. Le maire est occupé. Une délégation est finalement reçue par des adjoints qui lui explique qu’ils ne peuvent rien faire à un niveau local, et bonne journée, et... ah oui ! N’oubliez pas de voter !
D’autres rassemblements et manifestations ont eu lieu dans les jours qui ont suivi...
JEUDI 14 FÉVRIER
Soixante-dix résidents du foyer sont au camp de rétention de Vincennes. Ce jour-là, quatre-vingt trois personnes comparaissent devant le juge des libertés et de la détention. Le soir, vers vingt-deux heures, d’après des militants présents à l’audience, seules dix-sept comparutions sur quatre-vingt trois avaient eu lieu. Dix levées de rétention et dix prolongations de quinze jours. Pour les annulations de rétention le parquet à fait appel, et pour les confirmations les détenus ne semblaient pas avoir de passeports sur eux, donc non expulsables rapidement. Il restait donc environ soixante personnes à faire passer en une nuit (il fallait entrer dans la période des vingt-quatre heures administratives pour être présenté devant le JLD après le placement en camp). Il semblerait pour que tous les retenus envoyés à Rouen, le tribunal ait annulé la rétention pour dix-sept sauf un.
LUNDI 18 FÉVRIER
Il restait trente et une ou trente-deux personnes au camp de rétention de Vincennes sur soixante-douze au départ. Les autres ont été libérés sauf un expulsé. Au CRA 2 de Vincennes, pour au moins trois personnes, mais probablement pas beaucoup plus, la préfecture détenait les passeports, ce qui rendait donc ces personnes expulsables sans passer par le consulat...
MERCREDI 20 FÉVRIER
Il resterait dix-sept personnes du foyer à passer au tribunal administratif pour aujourd’hui et demain et environ vingtcinq étaient encore en rétention. La préfecture n’avait pas de passeport, au mieux une photocopie, et dix APRF avaient été invalidés.
MERCREDI 27 FÉVRIER
Tentative violente d’expulser deux résidents du foyer mais qui se solde par un échec [voir page suivante]. Une personne a été relâchée, l’autre est passée le 1er mars devant un juge pour refus d’embarquement. Il a reçu un rendez-vous le 17 avril à neuf heures au palais de « justice » de Bobigny, 16e chambre correctionnelle. Les quatre passagers interpelés pour « manifestation dans l’avion » ont été relâchés. Ils ont reçu un rendez-vous le 18 avril devant un juge. Leur cas sera suivi.
JEUDI 28 FÉVRIER
Deux expulsions étaient prévues le matin, expulsions qui ont pu être effectuées. Des gens étaient là pour avertir les passagers à l’embarquement mais les flics ont fait partir les expulsés par un autre vol que celui initialement prévu pour lequel tout le monde s’était mobilisé. L’après-midi deux résidents du foyer on été expulsés, malgré la présence de militants informant les passagers de la situation. Là encore les flics distribuaient des tracts menaçants aux passagers.
VENDREDI 29 FÉVRIER
Deux personnes devaient être expulsées, mais deux militants étaient là pour prévenir les passagers qui ont fait échouer l’expulsion. Sur les deux personnes qui devaient être expulsées, une, qui n’était pas du foyer a été reconduite au camp de rétention de Vincennes et expulsée peu après, l’autre, Mr Sidibé résident du foyer des Terres-au-curé a été libéré dès le lendemain et est convoqué au TGI de Bobigny le 17 avril à neuf heures devant la 16e chambre (comme Mr Sissako le rescapé de mercredi).
MARDI 4 MARS
Deux, voire trois expulsions auraient été prévues. Ce n’était pas des gens du foyer qui devaient être expulsés ce jour là, selon les infos que l’on a eues ensuite et après que des personnes du foyer aient fait des recherches.
SAMEDI 8 MARS
Deux expulsions prévues de résidents du foyer et une autre expulsion vers Bamako évitées grâce à la mobilisation d’une quinzaine de personnes informant les passagers. Ces derniers ont protesté malgré le tract d’intimidation distribué par la police. Le commandant de bord n’a cédé et a fait descendre les expulsés que sous la pression des passagers. Il restait le 8 mars onze personnes du foyer en rétention.
RÉCIT D’UN PASSAGER
Quand nous sommes entrés dans l’avion il y avait les trois expulsés, ils étaient attachés et ils criaient, nous avons demandé à voir le commandant de bord, nous l’avons vu mais au début il n’a rien dit. Les policiers nous avaient distribué le papier qui dit qu’on ne doit rien faire mais on n’en a pas tenu compte, on a dit qu’on le déchirerait en arrivant au Mali parce que ce que faisait la police ce n’était pas normal. Après ils ont mis du tissus sur la bouche des expulsés pour les empêcher de crier, et ils étaient violents avec eux, un des expulsés pleurait. On a dit au commandant de bord qu’on ne partirait pas comme ça et que si l’avion partait quand même il aurait beaucoup de problèmes lui et sa compagnie en arrivant au Mali. On n’a pas pris de photos parce qu’on avait quand même un peu peur. Tous les passagers étaient solidaires, le personnel était aussi globalement opposé à cette expulsion, une hôtesse de l’air est même partie en pleurant et n’est pas revenue. On a beaucoup insisté auprès du commandant de bord qui a fini par demander aux policiers que les expulsés descendent. Ils ont été débarqués. Puis l’avion est parti avec une heure trente de retard. En arrivant à Bamako, il y avait beaucoup de policiers français ce qui est inhabituel, je pense que c’était pour protéger l’escorte des expulsés mais comme ils n’étaient plus dans l’avion, il ne s’est rien passé.
Finalement les trois expulsés du vol Paris Bamako d’hier viennent d’être libérés sous contrôle judiciaire. Leur procès aura lieu le 2 mai.
QSP



