L’information au jour le jour sur le quotidien des sans-papiers.

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Ce mardi 12 février, à cinq heures du
matin, un important dispositif policier
bouclait la rue Albert dans le
XIIIe arrondissement. Les policiers
armés de tronçonneuses ont fait
ensuite irruption dans un foyer de travailleurs
migrants, au 43 rue des
Terres-aux-Curés, en brisant toutes les
portes des chambres. La rafle est violente.

Deux personnes se défenestrent,
d’autres sont blessées.
La police a procédé à plus d’une centaine
interpellations. Cette opération
rappelle de sinistres souvenirs qui
hantent, à juste titre, notre mémoire
collective…

Pourquoi ? Les prétextes avancés par
les autorités ont évolué au fil des heures
 : on a parlé de conditions d’hygiène
et d’insalubrité mais aussi de
trafics. Après les audiences au
Tribunal, il semblerait plus simplement
qu’il s’agisse de traque aux sanspapiers...

Cent quatre personnes ont
finalement été arrêtées, pour défaut
de papiers.

Le jour même s’organise une manifestation
du métro Tolbiac au foyer. Elle
réunit entre cent et deux cent personnes
 : organisations, autonomes, étudiants
(quelques personnes de
Tolbiac), sans-papiers, avec-papiers...

Le lendemain une manifestation est
organisée en fin d’après midi ; elle
réunit entre 800 et mille personnes, et
aboutit devant la mairie du XIIIe
arrondissement. Devant la pression, le
maire PS offre à la foule un magnifique
discours. Il se dit outré par ce qu’il
s’est passé au foyer, car bien sûr il
n’était pas au courant, doute de la
validité des prétextes invoqués par la
préfecture pour justifier cette rafle, et
se demande même si ce n’était pas
une opération pour arrêter des sanspapiers...

Le lendemain les raflés du foyer passent
devant le juge des libertés et de la
détention au 35 bis (Cité). Quelques
personnes sont là en soutient, dont
des lycéens de Rodin et Monet.
Impossible d’entrer dans le tribunal, selon les policiers, les
salles sont pleines. Pleines de quoi ? L’histoire ne le dira
pas, mais il y avait bien de la place pour d’asseoir. En tout
cas ces même personnes, quelques cent autres lycéens et
quelques étudiants se rassemblent l’après-midi devant la
mairie du XIIIe, et demandent à voir le maire, pour lui
rappeler ses promesses d’éclaircir toute cette histoire et de
soutenir les raflés. Le maire est occupé. Une délégation est
finalement reçue par des adjoints qui lui explique qu’ils ne
peuvent rien faire à un niveau local, et bonne journée, et...
ah oui ! N’oubliez pas de voter !

D’autres rassemblements et manifestations ont eu lieu dans
les jours qui ont suivi...

  JEUDI 14 FÉVRIER

Soixante-dix résidents du foyer sont au camp de rétention
de Vincennes. Ce jour-là, quatre-vingt trois personnes comparaissent
devant le juge des libertés et de la détention. Le
soir, vers vingt-deux heures, d’après des militants présents à
l’audience, seules dix-sept comparutions sur quatre-vingt
trois avaient eu lieu. Dix levées de rétention et dix prolongations
de quinze jours. Pour les annulations de rétention le
parquet à fait appel, et pour les confirmations les détenus ne
semblaient pas avoir de passeports sur eux, donc non expulsables
rapidement. Il restait donc environ soixante personnes
à faire passer en une nuit (il fallait entrer dans la
période des vingt-quatre heures administratives pour être
présenté devant le JLD après le placement en camp). Il
semblerait pour que tous les retenus envoyés à Rouen, le tribunal
ait annulé la rétention pour dix-sept sauf un.

  LUNDI 18 FÉVRIER

Il restait trente et une ou trente-deux personnes au camp
de rétention de Vincennes sur soixante-douze au départ.
Les autres ont été libérés sauf un expulsé. Au CRA 2 de
Vincennes, pour au moins trois personnes, mais probablement
pas beaucoup plus, la préfecture détenait les passeports,
ce qui rendait donc ces personnes expulsables sans
passer par le consulat...

  MERCREDI 20 FÉVRIER

Il resterait dix-sept personnes du foyer à passer au tribunal
administratif pour aujourd’hui et demain et environ vingtcinq
étaient encore en rétention. La préfecture n’avait pas
de passeport, au mieux une photocopie, et dix APRF
avaient été invalidés.

  MERCREDI 27 FÉVRIER

Tentative violente d’expulser deux résidents du foyer mais
qui se solde par un échec [voir page suivante]. Une personne
a été relâchée, l’autre est passée le 1er mars devant un juge
pour refus d’embarquement. Il a reçu un rendez-vous le 17
avril à neuf heures au palais de « justice » de Bobigny, 16e
chambre correctionnelle. Les quatre passagers interpelés
pour « manifestation dans l’avion » ont été relâchés. Ils ont
reçu un rendez-vous le 18 avril devant un juge. Leur cas
sera suivi.

  JEUDI 28 FÉVRIER

Deux expulsions étaient prévues le matin, expulsions qui
ont pu être effectuées. Des gens étaient là pour avertir les
passagers à l’embarquement mais les flics ont fait partir les
expulsés par un autre vol que celui initialement prévu pour
lequel tout le monde s’était mobilisé.
L’après-midi deux résidents du foyer on été expulsés, malgré
la présence de militants informant les passagers de la situation.
Là encore les flics distribuaient des tracts menaçants
aux passagers.

  VENDREDI 29 FÉVRIER

Deux personnes devaient être expulsées, mais deux militants
étaient là pour prévenir les passagers qui ont fait
échouer l’expulsion. Sur les deux personnes qui devaient
être expulsées, une, qui n’était pas du foyer a été reconduite
au camp de rétention de Vincennes et expulsée peu après,
l’autre, Mr Sidibé résident du foyer des Terres-au-curé a été
libéré dès le lendemain et est convoqué au TGI de Bobigny
le 17 avril à neuf heures devant la 16e chambre (comme
Mr Sissako le rescapé de mercredi).

  MARDI 4 MARS

Deux, voire trois expulsions auraient été prévues. Ce n’était
pas des gens du foyer qui devaient être expulsés ce jour là,
selon les infos que l’on a eues ensuite et après que des personnes
du foyer aient fait des recherches.

  SAMEDI 8 MARS

Deux expulsions prévues de résidents du foyer et une autre
expulsion vers Bamako évitées grâce à la mobilisation d’une
quinzaine de personnes informant les passagers. Ces derniers
ont protesté malgré le tract d’intimidation distribué
par la police. Le commandant de bord n’a cédé et a fait descendre
les expulsés que sous la pression des passagers. Il restait
le 8 mars onze personnes du foyer en rétention.

  RÉCIT D’UN PASSAGER

Quand nous sommes entrés dans l’avion il y avait les trois expulsés,
ils étaient attachés et ils criaient, nous avons demandé à voir
le commandant de bord, nous l’avons vu mais au début il n’a
rien dit. Les policiers nous avaient distribué le papier qui dit
qu’on ne doit rien faire mais on n’en a pas tenu compte, on a dit
qu’on le déchirerait en arrivant au Mali parce que ce que faisait
la police ce n’était pas normal. Après ils ont mis du tissus sur la
bouche des expulsés pour les empêcher de crier, et ils étaient violents
avec eux, un des expulsés pleurait. On a dit au commandant
de bord qu’on ne partirait pas comme ça et que si l’avion
partait quand même il aurait beaucoup de problèmes lui et sa
compagnie en arrivant au Mali. On n’a pas pris de photos parce
qu’on avait quand même un peu peur.
Tous les passagers étaient solidaires, le personnel était aussi globalement
opposé à cette expulsion, une hôtesse de l’air est même
partie en pleurant et n’est pas revenue. On a beaucoup insisté
auprès du commandant de bord qui a fini par demander aux policiers
que les expulsés descendent. Ils ont été débarqués. Puis
l’avion est parti avec une heure trente de retard.
En arrivant à Bamako, il y avait beaucoup de policiers français
ce qui est inhabituel, je pense que c’était pour protéger l’escorte
des expulsés mais comme ils n’étaient plus dans l’avion, il ne
s’est rien passé.

Finalement les trois expulsés du vol Paris Bamako d’hier
viennent d’être libérés sous contrôle judiciaire. Leur procès
aura lieu le 2 mai.

QSP