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L’histoire de la famille Tastan est emblématique du martyre
quotidiennement infligé aux sans-papiers. Cette
famille a fui la Turquie après l’emprisonnement du père,
accusé de sympathie pour les indépendantistes kurdes.
Mais cela est insuffisant, aux yeux des autorités françaises
pour accorder un droit d’asile, à cet homme qui risque
trente années d’emprisonnement s’il retourne en Turquie.

Sedat, l’un des fils de Ferzende Tastan, est également
menacé de prison sur le sol turc pour s’être soustrait au
service militaire. Les Tastan sont établis à Marseille, les
quatre jeunes frères et soeurs de Sedat sont scolarisés.
Sedat travaille dans le bâtiment.

Sedat Tastan a déjà été placé deux fois en rétention et
présenté trois fois à l’embarquement. La première incarcération
s’est déroulée le 28 février dernier. Quelques jours plus tard, il entame une grève de la faim avec six
autres jeunes Kurdes de la prison administrative pour
étrangers (ou CRA, centre de rétention administrative)
du Canet.

Sedat, ligoté de la tête aux pieds et porté comme un
paquet, est présenté deux fois à l’embarquement pour la
Turquie sur des vols Air France. Par deux fois, les 13 et 16
mars, alors qu’il est toujours en grève de la faim, il réussit
à refuser d’embarquer, soutenu par les militants du RESF
et sa famille dans le hall de Marignane et par les passagers.
À sa descente d’avion, il est passé à tabac. Une plainte a
d’ailleurs été déposée, pour cela. Le 17 mars, la police
réussit à le conduire à Roissy pour une troisième tentative
d’expulsion (toujours sur Air France) malgré la tentative
de suicide de son père qui tente de s’immoler en s’aspergeant
d’essence devant la prison pour étrangers (CRA). Il
en sera empêché in extremis. Quatre militantes de
Marseille sautent dans l’avion pour suivre Sedat, elles sont
rejointes à Roissy par des militants du RESF Ile-de-France.

Grâce à la solidarité des passagers d’Air France, cette troisième
tentative d’embarquement échoue elle aussi. Sedat
est traduit le lendemain devant le Tribunal de grande instance
de Bobigny pour refus d’embarquer. Ses soutiens
sont là. Son avocate, Me Terrel obtient sa libération et le
report du procès en septembre 2007 puis un ajournement
au 17 mars 2008.

Mercredi 24 octobre, Sedat accompagné de plusieurs membres
du RESF déposait une demande de titre de séjour en
préfecture. Deux policiers zélés, constatant qu’il était toujours
sous le coup d’un APRF (Arrêté provisoire de reconduite
à la frontière) ont alors tenté de l’interpeller malgré
les protestations des personnes l’accompagnant. Avec violences,
les renforts policiers ont finalement arrêté Sedat et
quatre militants du RESF dont sa compagne de 18 ans.

Sedat a été ensuite placé au centre de rétention de
Marseille, malgré des interventions d’élus locaux et de
citoyens des quatre coins de France en direction de la préfecture
des Bouches-du-Rhône et le rassemblement d’une
centaine de personnes aux portes de la prison des étrangers
(CRA). Une veille a été maintenue toute la nuit.

Finalement, Sedat a été libéré quelques jours plus tard par
la cour d’appel du juge des libertés et de la détention (JLD)
qui a jugé « déloyales » les conditions de son arrestation.

C’est maintenant au père, Ferzende Tastan, que s’en prend la
préfecture. Arrêté lors d’un contrôle de routine, il est placé
en rétention et menacé d’expulsion à court terme. Bien évidemment,
à Marseille, c’est la mobilisation générale.

Jours et nuits des citoyens veillent devant le centre rétention
du Canet. Le lundi 10 décembre, Journée des droits
de l’homme 2007, marque le début de la commémoration
pendant toute une année du 60e anniversaire de la
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948.
C’est ce jour anniversaire que la préfecture choisit pour
enterrer le droit d’asile en France. Avant l’aube, l’alerte à
l’expulsion de Ferzende est lancée. Une voiture banalisée,
phares éteints, est sortie en trombe de la PAF du centre de
rétention vers 6h15. Ferzende ne répond plus au téléphone.

Ses codétenus disent que les policiers sont venus le
chercher. Pendant quelques heures, les réseaux citoyens
reste dans l’incertitude de la destination du maintenant célèbre expulsable. Tous les contacts possibles sont informés
de la situation. Il semble que des Kurdes doivent être
expulsés sur le vol Air France de Roissy à 12h35, mais le
nom de deux des passagers a été occulté, comme c’est de
plus en plus souvent le cas dès lors qu’il s’agit d’expulsés
« sensibles » et soutenus. Contrairement à la fable qui
prétend que les personnes en rétention ne sont pas en prison
et doivent être localisables et jointes à tout moment,
Ferzende Tastan a donc disparu façon Stasi. En fin de
matinée, on apprend grâce à des « fuites » qu’il doit partir
sur un vol Turkish Airlines. Le RESF-Lyon se précipite
à Saint-Exupéry… L’avion a du retard, de plus en plus de
retard jusqu’à ce que la bonne nouvelle tombe. Tastan a
été débarqué de l’avion qui devait l’emmener en Turquie.
Echapper à la PAF, être placé en garde-à-vue et devoir
être traduit en comparution immédiate le lendemain est
perçu comme une « bonne nouvelle » ! « C’est dire à
quel niveau le tandem Sarkozy-Hortefeux a fait descendre les
droits de l’Homme ! » note un militant.

Mardi 11 décembre au matin Ferzende Tastan est présenté
devant le TGI de Lyon pour « refus d’embarquement
 ». Le RESF13 est présent au tribunal pour exiger sa
libération sans aucune condamnation puisqu’il n’a commis
aucun autre délit que de vouloir rester en France avec
les siens. L’audience est finalement reportée au 21 décembre.
Malgré les garanties apportées, Ferzende ne pourra
pas comparaître libre. Un mandat de dépôt est prononcé
et le voilà incarcéré tel un délinquant à la maison d’arrêt
de Lyon, risquant toujours d’être expulsé vers les geôles
turques.

Comme pour faire écho aux craintes de tous ceux qui soutiennent
Ferzende Tastan, des journaux en ligne turcs se
réjouissent de l’expulsion annoncée de Ferzende Tastan.
Le plus connu d’entre eux allant jusqu’à titrer : « La
France fait un geste en livrant aux autorités turques Ferzende
Tastan, un des principaux leaders européens du PKK ».
Même si cette allégation est mensongère, on imagine
aisément, s’il était expulsé, ce qui attend ce père de cinq
enfants réfugié sur notre sol pour fuir les persécutions faites
aux Kurdes.

Le 21 décembre, forte mobilisation au Tribunal de Lyon
pour le passage de Ferzende. L’ajournement demandé par
l’avocat est refusé. Une quarantaine de marseillais ont
fait le déplacement, et autant de lyonnais se sont joints à
eux. La famille de monsieur Tastan était présente : son
frère Celam, deux de ses filles, Tutba et Evin. Très peu
d’entre eux ont été autorisés à assister au procès. Siégeait
le même juge que lors de la comparution immédiate.

Celui-ci aurait tenu à juger l’affaire Tastan. Il suivra sans
hésiter les réquisitions du procureur : trois mois fermes
assortis de trois ans d’interdiction du territoire. Le juge
aurait dit à l’avocate : « je me verrais bien faire partie de
RESF… ». Le prononcé du jugement aura fait tomber la
consternation sur la salle. Il reste trois mois pour faire
libérer Ferzende Tastan. Et qu’enfin lui soit accordé le
droit d’asile.


Le même jour, à Aix-en-Provence se tenait le procès d’un
autre “fameux” marseillais, Florimond Guimard, ce membre
de RESF accusé de violence sur agent. Une fois n’est
pas coutume : Florimond aura été, lui, relaxé.