L’information au jour le jour sur le quotidien des sans-papiers.

Nous suivre :



Media :
 
Articles :

La politique raciste ne se
cache plus derrière des
faux-semblants.

Expulsé
parce que noir ?

Ça existe.

Léonard Aman, Ivoirien, a été adopté
en 1998 par une famille française,
mais en raison d’un passeport irrégulier,
il a été expulsé le mois dernier.

Christian Clair connait Léonard
depuis son plus jeune âge et l’aide
matériellement depuis 25 ans.
Léonard a été abandonné par sa mère
peu après sa naissance. Son père étant
décédé, c’est sa grand-mère maternelle
qui le prend en charge. Elle
meurt pendant son adolescence, et
c’est son demi-frère de 40 ans son
aîné qui s’occupe alors de lui. Mais
celui-ci décède, laissant Léonard sans
famille. Christian Clair, ami de la
famille de longue date, lui propose de
l’adopter. Ce sera chose faite courant
1998 par “procédure simplifiée”, procédure
favorisée lors d’adoptions tardives,
à 24 ans en l’occurrence. Sauf
que l’adoption après les 16 ans n’entraîne
pas automatiquement l’acquisition
de la nationalité française. Nos
législateurs en ont décidé ainsi.

À la fin de l’année 2002, pour les
fêtes, Léonard arrive en France muni
d’un visa touristique. Il ne compte
absolument pas s’installer en France.

Mais en 2003, au moment de retourner
dans son pays, la crise politique
ivoirienne redouble d’intensité, les
liaisons aériennes sont coupées pendant
un bon moment, et la famille de
Léonard n’est pas très chaude pour le
laisser repartir là-bas.

En attendant que les choses aillent
mieux, son père essaie à plusieurs
reprises de renouveler le visa via le
Consulat de Lyon. Mais le visa arrive
à chaque fois incomplet ou non valable
 : sans photo, sans cachet, nom
mal orthographié. En parallèle, au vu
de la situation de guerre civile dans
son pays, il pose une demande d’asile,
rejetée une première fois, et dont les chances d’aboutir en appel sont minces.

Depuis 2002, il a été contrôlé plusieurs
fois à Lyon, avec ce passeport
périmé, mais son adoption étant parfaitement
enregistrée en France et en
Côte d’Ivoire, personne n’y a jamais
trouvé à redire. Mais aujourd’hui, la
politique du chiffre semble l’emporter
sur les considérations “morales”.

Léonard Aman, qui a choisi de s’appeler
Léonard Aman-Clair après son
adoption a été arrêté le 6 novembre
et expulsé le 17, soit quarante sept
jours avant la fin de la période de
cinq ans de vie sur le territoire national,
nécessaire préalablement à tout
dépôt de demande de naturalisation
pour un enfant légal de parents français...

Aucun délit à son actif, casier judiciaire
vierge, il était totalement intégré.
Il vivait entre Lyon, la Loire et
l’Isère où habitent son père, ses
oncles, tantes et cousins, qui le
connaissent depuis sa jeunesse.

Léonard n’est toutefois pas interdit de
territoire, ce serait illégal selon la
convention européenne des droits de
l’homme. Il peut donc revenir à tout
moment en France, sous réserve qu’il
obtienne un visa. Et ce n’est pas
chose facile : lenteurs et barrières
consulaires, billet d’avion acheté
d’avance sans garantie, frais de visa,
frais de prise de rendez-vous notamment.
Déjà en 2002, il avait fallu que
son père se rende lui-même en Côte
d’Ivoire pour obtenir un visa pour son
fils...

À quoi ça sert d’expulser un étranger
adopté par une famille française ?
Sachant qu’il reviendra, on lui souhaite
de tout coeur en tous cas. Sinon
incrémenter le compteur. Et puis rien
n’empêchera de l’expulser à nouveau,
puisque maintenant sa situation est
connue...

Attendons qu’il revienne, laissons
son visa expirer et puis renvoyons-le.
Les chiffres ne connaissent pas les
noms. Hortefeux ne connait que les
chiffres.

[Source : http://lesmots.freelatitude.net


Si vous souhaitez soutenir cette
famille, rendez-vous sur le site du collectif,
créé pour l’occasion :
http://amisducollectifdeleo.blogspot.
com.