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45 jours de rétention, c’est désormais la règle. Non : on peut même dépasser les 50 jours. Cela aura été le cas d’un des deux désespérés de Vincennes que l’administration voulait expulser au 45e jour. 50 jours, c’est le record qu’aura atteint Mohamed Koulala, après avoir avalé sept lames de rasoir.

45 jours, un et demi, pendant lequel, sans même savoir si on est expulsable, on est enfermé pour défaut de délivrance de titres de séjour par l’administration. Ainsi, on ne le répétera jamais assez, c’est parce que l’administration ne fait pas son travail consistant à fournir des documents aux personnes séjournant sur le territoire. Les épouvantables conditions dans laquelle les services administratifs fonctionnent – ou plutôt : ne fonctionnent pas, comme on peut le constater toutes les nuits à la préfecture de Bobigny ou d’ailleurs –, voilà un motif pour incarcérer 45 jours.

De dix jours, à trente-deux pour en parvenir à quarante-cinq, on ne constate qu’un durcissement. L’inhumanisation s’approfondi.

QSP

Deux sans-papiers ont tenté de se suicider au CRA de Vincennes : par pendaison avec les draps et absorption de lames de rasoir. Pour dissimuler les faits, la police a essayé d’expulser ces deux personnes.

Depuis, d’autres sans-papiers ont fait rempart et se sont opposés physiquement à ces sorties du centre de rétention. Malgré ces heurts avec la police à l’intérieur du centre, les deux sans-papiers ont quand même été conduit à l’aéroport pour être expulsés. L’un d’entre eux, M.Taleb Nadjib…. a été rapatrié vers l’Algérie et l’autre, M.Mohammed Koulala a été replacé en centre de rétention. Il attaque demain son 50e jour de rétention : un record en France.

Il a toujours 7 lames de rasoir dans le ventre.

SôS Soutien ô Sans-papiers alerte dès ce soir les services du Samu et exige une prise en charge médicale immédiate de M. Koulala sans attendre une pseudo-radio promise par le centre demain matin à 8h30.

SôS Soutien ô Sans-papiers appelle à se rendre demain devant le juge des libertés à Cité pour soutenir M.Koulala qui passe à 14h.

22h15 : Le Samu de Paris alerté par SôS Soutien ô Sans-papiers vient de nous informer que selon les responsables du centre de rétention, M. Koulala va bien. Il est pris en charge.

SôS crie au mensonge et à la mise en danger de M. Koulala car la promesse d’une radio demain matin à 8h30 est largement insuffisante dans cette situation d’urgence.

Contact SôS : 06 37 60 80 27

M.Koulala dans le centre : 06 22 90 55 48

cabines du centre :

C.R.A. 1 : 01 45 18 12 40

CRA 2 : 01 48 93 69 47

CRA 3 : 01 48 93 91 12

[Source : SôS-sanspapiers]

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Témoignages

Dans la nuit du lundi 5 au mardi 6 décembre 2011, une vingtaine de retenus du centre de rétention ont empêché l’expulsion de deux de leurs camarades. Suite à cela, ils ont été mis en garde à vue dans deux commissariats, puis remis en rétention après avoir subi une grosse pression des policiers, les menaçant de les envoyer en prison. Les deux Algériens qui devaient être expulsés sont passés en comparution immédiate. Ils ont été condamnés à trois mois de prison avec sursis et 3 ans d’interdiction du territoire français avec « exécution provisoire »... autrement dit : retour en rétention pour 45 jours. L’un des deux a déjà été expulsé depuis. Pour l’autre, qui témoigne ici, s’il n’est pas expulsé entre temps, il devrait passer devant le juge des libertés et de la détention mardi 12 décembre.

Vendredi 9 décembre 2011, centre de rétention de Vincennes

Centre de rétention 2

"Je suis déjà allé au centre de rétention, je suis sorti le 5 aout, j’ai passé 32 jours, je suis sorti même pas un mois. Dehors ils m’ont encore attrapé pour un contrôle de papier, ils m’ont ramené au centre pour 45 jours. Au bout de 45 jours t’es libéré. Moi j’ai fait 44 jours. Le dernier jour, ils m’ont mis un vol pour m’expulser en Algérie. Moi je voulais pas rentrer. Les policiers, chaque soir vers 22 heures, mettent une liste pour dire pour le lendemain les gens qui vont partir au juge et les gens qui ont un vol. Quand ils ont mis la liste, j’ai vu mon nom et celui d’un pote à moi, un Algérien aussi. On avait un vol pour Alger.

On a décidé. On était 23 personnes. Il y avait des Pakistanais, des renois, des Roumains. On est rentré dans une chambre. Le vol était à 8 heures. Normalement les policiers viennent te prendre vers 4 heures et demi. Nous, on était dans une petite chambre, les 23 personnes. Chaque personne avait ramené sa chaise, on a bloqué la porte avec les matelas et les chaises. On est resté presque 5 heures dans la chambre, on a appelé des avocats, des associations, personne n’a répondu, ni n’est venu. Les flics avaient des gazeuses et des lacrymogènes. Il y a quand même un avocat qui est venu devant le centre, il nous a appelés avec un portable quand il était devant mais ils ont pas voulu le laisser rentrer.

Vers 4 heures et demi les policiers sont venus, on voulait pas sortir. Alors ils ont appelé les casques bleus, les crs de l’extérieur. Ils ont cassé la porte et sont rentrés. Moi j’ai coupé tout mon ventre avec une lame, et j’ai mangé 3 lames. Je peux même pas bouger .

On est parti à l’hopital. On est resté même pas une heure et de l’hôpital on est parti direct en garde à vue. On y est resté presque 4 heures et après, mon pote et moi, on est allé au palais de justice de Cité. Le juge a dit « 45 jours » pour moi et mon pote. C’était pas le JLD. C’était le juge pour la porte cassée. Quand on est parti en garde à vue on est parti tous, les 23 personnes. Les policiers ont dit : « c’est toi et ton pote qui avez décidé de rentrer dans la chambre ».

On aurait dit aux gens « viens on va faire une soirée », soi-disant, les gens seraient rentrés dans la chambre et on aurait bloqué les portes pour que personne ne sorte. Mais ils sont tous plus grands que moi, moi je suis petit. En plus quand les policiers ont voulu ouvrir la porte, c’est tout le monde qui tenait la porte pour que les policiers ne rentrent pas. Le juge a dit « c’est toi qui a bloqué la porte et t’as dit aux gens de pas sortir ». Comme si je les avais pris en otage, comme si moi tout seul je pouvais bloquer 23 personnes alors que les policiers n’arivaient même pas à ouvrir la porte.

Quand je suis rentré au centre, j’ai fait une corde avec le drap pour me suicider. Ma gorge est toute rouge, ils m’ont emmené à l’hôpital, puis ils m’ont ramené ici. Après j’ai mangé deux lames, maintenant dans mon ventre il y a quatre lames, et je suis toujours là.

Hier soir vers 23h, ils ont appelé mon pote pour lui dire qu’il fallait qu’il signe des papiers. Ils l’ont pris, ils l’ont emmené et là il est en Algérie. Il a trois lames dans son ventre, et il a aussi déchiré son ventre avec une lame. Moi je sais pas quoi faire.

Sur les 23 personnes, ils en ont libéré deux et les autres ils sont là. Ils sont dans le même centre que moi, mais il y a 3 CRA. Moi j’étais dans le 3, là ils m’ont mis dans le 2. Mais je suis juste à côté, je parle avec eux tout le temps parce qu’il y a juste un grillage. Les flics leur ont demandé de témoigner contre moi. Les flics m’ont dit qu’ils avaient témoigné contre moi mais les autres m’ont juré que c’était pas vrai, qu’en garde à vue ils ont dit qu’ils voulaient pas que leurs potes partent et que c’est pour ça qu’ils ont bloqué la porte. Tout le monde a dit ça.

Normalement dans 5 jours je passe chez le juge. Le mardi à 16h je devais être libéré, et en fait le mardi j’ai recommencé la rétention.

Le 12 je devrais passer en jugement.

Moi je veux juste sortir, je veux quitter la France, je veux pas aller en Algérie mais je veux sortir de là. L’espagne, la Belgique mais pas l’Algérie. Toute ma famille est ici. Je vis chez ma tante, j’ai tout, je déclare les impôts, j’ai ma carte bleue... Je veux pas aller là-bas, c’est trop difficile pour revenir ici. J’ai personne là-bas, je veux pas être SDF là-bas.

Là, je fais une grêve de la faim. Depuis le jour du vol, j’ai rien mangé, juste de l’eau et du sucre. Il en ont rien à foutre. Ici je sors pas de ma chambre, je ne parle avec personne."

Centre de rétention 3

"La moitié des gens sont foncedés avec du Valium et du Rivotril. Mal à la tête : Valium. Mal à l’estomac : Rivotril. Que des médicaments de ouf. Je dors 15 heures, j’me lève j’suis fatigué, j’suis mort. Ça me fait tourner la tête.

Taleb (l’un des 2 Algériens qui devaient être expulsés), ils l’ont sorti du CRA N°1 , ils l’ont emmené direct. Les policiers l’ont appelé à la gestion, ils lui ont dit : « viens on s’est trompé dans le coffre ». Au moment où il est sorti, ils l’ont scotché. Ils l’ont laissé à l’aéroport avec son short et une seule claquette. Et le pied gauche nu. Ils l’ont expulsé ce matin.

Là tout le centre est en trac. L’autre Algérien, Mohamed, il a des points de suture, c’est pour ça qu’il a manqué son vol. Y en a d’autres qui avaient des vols. Tout le monde est en trac, personne ne trouve la réponse. Tout le monde est en état de choc.

Mohamed, il a perdu toutes ses affaires, je lui ai prêté des vêtements. Ils lui ont rajouté 45 jours.

A chaque fois le médecin l’appellent pour lui donner des médicaments.

Chaque fois que je l’appelle il dort.

L’Assfam, elle, est vraiment débordée, toujours avec des nouveaux, elle a pas trop le temps.

Dans le centre on est tous calmes, on est en surdose. On nous donne des médicaments. Après la garde à vue de mardi, ils ont calmé tout le monde.

Pour les médicaments, c’est le médecin ou l’infirmière qui nous appellent un par un, comme pour une visite. La plupart d’entre nous parle pas français. Ils demandent ce que tu as, comment tu te sens et après ils donnent à tout le monde des médicaments. Ils nous donnent pas les médicaments dans les emballages.

J’ai demandé « C’est quoi c’est du valium ? » et elle m’a dit « Non c’est juste pour te détendre ça va t’aider à dormir ». Elle m’a donné du Lexomil. Y en a à qui ils donnent du Subutex.

Ici tout le monde attend la liste des vols et personne réclame parce qu’à chaque fois ils menacent. Les policiers sont pas cools avec nous en ce moment. On sort avec la fouille, on rentre avec la fouille.

Personne nous respecte, moi je m’embrouille 15 000 fois avec eux par rapport au manque de respect.

Depuis lundi c’est comme ça parce qu’il y a le directeur. Le directeur avant on le voyait pas, on le voyait jamais, et depuis lundi il commence à monter dans les CRA, à regarder. Eux, quand ils voient leur chef, ils commencent à nous mettre la pression. Lui il met la pression aux policiers et les policiers nous mettent la pression à nous."

Vincennes

centre de rétention 2

01 48 93 69 47

01 48 93 69 62

O1 48 93 90 42

centre de rétention 3

01 48 93 99 80

01 43 76 50 87

01 48 93 91 12

[Source : fermeturetention@yahoo.fr]