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Le retour du mardi à Paris s’est relativement passé sans incident à part évidemment une retenue de trois de nos camarades pour contrôle à Orly comme à l’aller ; mais ce n’était les mêmes camarades qui étaient visés qu’à l’aller. Comprenne qui pourra ; les voies de la PAF comme celles du Seigneur sont impénétrables !!!

Le mercredi soir, au rendez-vous hebdomadaire des collectifs, devant le métro « Solferino », l’ambiance était aux retrouvailles joyeuses. Les discours étaient à la hauteur de l’événement que nous venions de vivre même si ça n’a pas transpiré dans la presse française. Chaque participant de cette aventure, avec ou sans papiers, a tiré profit de cette expérience ; ils ont montré que la peur pouvait être vaincue, ensemble et ont mesuré le fossé qui séparait les discours du vécu chez ceux qui prétendaient partager notre combat ; un abyme sépare les paroles combatives devant un auditoire convaincu d’avec la réalité de l’action collective et immédiate.
La réunion des collectifs du vendredi a confirmé cette vision commune des événements que nous avons vécus ensemble. En ressort un sentiment de victoire.
Victoire contre la peur d’être sans papiers, d’abord ; les sans papiers qui ont décidé de tenter l’aventure étaient dans l’inconnu d’une prise de risque et de tous les instants.
En Europe, le risque d’être arrêtés durablement, s’il était limité, en France, par un potentiel de mobilisation immédiat à Paris, à Lille ou même à Valence, devenait plus tangible à Milan ou Gênes où les Collectifs évoluaient en terrain inconnu et alors que le mouvement sans papiers italien est en pleine restructuration. Il n’en était plus de même hors de l’Europe forteresse ; quand nous étions bloqués dans le port de Tunis, le seul soutien, les seuls mouvements de solidarité ne pouvaient venir que des participants au forum ; et, pour les mobiliser, il fallait passer par l’information qui ne pouvait être donnée, en boucle, que par les organisateurs et les rares personnes avec lesquelles nous étions en contact. On sait ce qu’il en a été de la « solidarité » internationale des alter-mondialistes quand nous étions bloqués dans le port. Seules quelques voix isolées que nous avons pu contacter sont intervenues mais aucune annonce centrale n’a pu être faite... et pour cause ; la décentralisation des lieux du forum ne pouvait s’y prêter à moins d’une volonté réelle de relayer l’info immédiatement ; rien n’avait été prévu ni préparé dans ce sens.

Malgré cela, et Sissoko l’a souligné à juste titre au cours de cette réunion, jamais les sans papiers n’ont émis de doutes sur la pertinence de leur présence ; ils ont au contraire montré leur combativité dans le port de Tunis mais aussi leur optimisme dans le port de Gênes.

Victoire de l’union ensuite ; partis ensemble, nous sommes revenus ensemble !
Ceci explique cela ; les sans papiers ont vaincu la peur car ils ont eu confiance dans notre force collective. Nous avons eu une grande discussion sur l’opportunité de rester ou de repartir ; ils étaient prêts à participer au forum malgré le risque maximum de se trouver bloqués en Tunisie et ce n’est pas eux qui ont fait pencher la balance pour la prudence ; cela venait d’une confiance sereine dans la force de leur droit et de notre union. Une confiance qui n’est pas tombée du ciel mais qui s’est forgée au cours des années de lutte. C’est cette union qui nous a permis de bloquer pendant cinq heures un ferry et qui a suscité de nombreuses sympathies parmi les milliers de passagers.

Enfin et pour conclure, conclusion toute provisoire, les frontières sont apparues pour le poison diviseur qu’elles sont dans la conscience collective ; des constats de rapport de force entre dominants pour se partager les territoires et les peuples sous leur domination.
En les franchissant, nous les avons démystifiées et ce n’est pas le moindre mérite des sans papiers en cette période de résurgence du nationalisme.