L’information au jour le jour sur le quotidien des sans-papiers.

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Ce long bras de force, à l’entrée du bateau, avec les autorités a été peuplé d’interrogations et nous n’avons pas eu l’occasion de nous ennuyer mais à aucun moment notre détermination n’a fait défaut ;
Quid du capitaine et quels étaient ses ordres de sa compagnie comme des autorités italiennes ?
Quid de l’individu, soi-disant armateur du bateau, qui nous menaçait de la police ?
Nous apprendrons plus tard que le seul bâtiment à sa disposition se résumait au bureau en ville où il représentait la compagnie comme directeur d’agence !
Quid des autorités tunisiennes qui semblaient nous avoir mené en... bateau ?
Les flics en civil semblaient plus spectateurs que décidés à nous débarquer ; quant aux uniformes aucun en vue...

LUNDI 25 MARS

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La matinée s’est déroulée comme s’était terminée la veille ; contacter un maximum de réseaux et personnes. Notre souci est d’avoir au moins un avocat italien pour nous attendre à notre arrivée. Des rassemblements devraient avoir lieu un peu partout en Europe dont l’Allemagne malgré le peu de temps qui est imparti... et bien sûr à Tunis devant l’ambassade d’Italie.
Nous sommes arrivés à Gênes en fin d’après midi. Les passagers sont descendus et nous sommes restés bons derniers ; il semblait que les autorités ne savaient pas quoi faire de nous !
Au niveau local, la tendance était : vous descendez et basta, circulez ya rien à voir ; d’ailleurs, nous on a rien vu et on vous a déjà oublié. Le gouvernement de Rome ne l’entendait pas de cette oreille et voulait montrer qui commande, non mais !

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Nous avons donc été conduits fort aimablement au commissariat du port où on nous a confirmé que les ordres venaient de Rome... Il s’agissait de coller une OQTI à chaque sans papier de la caravane. Les réguliers se sont régularisés de leur camarades et ont donc eu eux aussi le papier... d’où la longueur de notre attente.
Au poste, changement de décor ; nous avons basculé dans la cinquième dimension ! pour commencer les flics de service se sont excusés de devoir nous faire subir cette longue attente. Nous nous regardions plutôt circonspects en cherchant le piège.
De piège point pourtant, car la suite a été du même tonneau ;
Nous avions peut-être faim ?
Qu’à cela ne tienne, on nous amena des sandwichs préparés sur le bateau que nous avions bloqué pendant cinq heures la veille avec, bien sûr, les rafraîchissements adéquats.
Nous voulions peut-être un café ?
La machine à café du commissariat fut mis à notre entière disposition.
Bref, nous fûmes accueillis comme des invités (des « amis », dixit le commissaire !) ; à croire que nous avions changé de galaxie.
À croire qu’il existait au moins un commissariat de par le monde où des sans papiers étaient amicalement traités et que nous étions tombés dessus. Cela ne nous empêchera pas de contester ces OQTI avec l’aide des avocats italiens procurés par nos contacts.
Après une nuit plutôt brève, nous avons pris le train pour Milan au petit matin et, de là, le car régulier pour Paris. Pas d’incident notable hormis un contrôle de douane à l’entrée et à la sortie de Genève par les mêmes douaniers qui cherchaient de la drogue !? Notre seule drogue, c’est la solidarité dans la lutte !
Nous sommes arrivés vers les sept heures du matin à Paris où un groupe de camarades nous attendait...

Mardi 26 mars

L’incroyable aventure était un succès ! nous étions partis ensemble et nous étions revenus ensemble ; 14 sans papiers accompagnés de 18 régularisés et français solidaires avaient quitté l’Europe forteresse et y étaient retournés ; embarrassant au passage trois gouvernements, une compagnie maritime... et les organisateurs d’un forum social mondial ! Ce qui a été le plus marquant pour nous, est et restera la détermination inébranlable des sans papiers. C’est cette détermination sans faille qui nous a permis de revenir en Europe mais aussi la solidarité internationale devant les ambassades d’Italie à Paris, Berlin et Tunis...

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Quelques rappels et autant de questions :

Il était entendu avec les organisateurs du FSM que des sans papiers des collectifs européens participeraient au forum de Tunis ; si à l’arrivée du bateau, nos amis des collectifs parisiens et italiens de la FALDI étaient présents avec une vingtaine de personnes pour nous accueillir, les organisateurs brillaient par leur absence ; de même, nous n’avons pu les joindre quand nous bloquions le bateau pour l’empêcher de repartir sans nous. Qu’ont-ils fait concrètement pour assurer la circulation des sans papiers et le retour dans leur pays de résidence ?
La Coalition avait averti le gouvernement italien du transit des sans papiers par leur pays ; pourquoi tous ces problèmes ?
La Coalition avait également averti le gouvernement tunisien de la présence des sans papiers au forum.
Ce gouvernement avait répondu. Il avait décidé d’être neutre et de les renvoyer après le forum vers le pays d’où ils venaient. Pourquoi ce revirement ?
La compagnie maritime savait longtemps à l’avance quand nous avions réservé l’aller-retour que nous avions 14 sans papiers parmi nous. Pourquoi ce refus de réembarquer ?

Mais le véritable responsable de la situation créée est, d’abord et avant tout, le gouvernement français lui aussi averti. Le préfet de Paris avait certifié aux délégués sans papiers qu’il ne s’opposerait pas au déplacement de la caravane à Tunis dans le cadre du FSM et qu’il interviendrait dans ce sens auprès du ministère.
Pourquoi dans ces conditions n’avoir pas délivré aux sans papiers de la caravane une Autorisation Provisoire de Séjour couvrant la période de ce déplacement ?

À la vérité, tout ce joli monde s’est renvoyé la patate chaude avec une hypocrisie confondante...
Les autorités italiennes attendaient que le gouvernement tunisien leur fournisse un avis de refoulement.
La compagnie maritime attendait elle aussi cet avis, les billets de retour n’étant que pour le 31 mars date à laquelle ils auraient refusé le retour des sans papiers
Le gouvernement tunisien nous avait laissé le choix mais aurait interdit aux sans papiers de retourner en Europe le 31 car il ne pouvait plus obliger l’Italie à les accepter... nous avions également des gens qui parlent arabe avec nous et des conversations entre les flics tunisiens, il ressortait qu’ils n’auraient pas accepté que les sans papiers pénètrent en Tunisie ! Pour ce qui est d’être accueillis à bras ouverts comme l’affirmait le ministre au téléphone..!
Quant aux organisateurs du forum, « ils avaient fait le maximum et ce n’étaient pas eux qui commandaient les gouvernements » ; à croire que les mobilisations, c’était pour meubler leurs discours et non pour être vécues dans la réalité.

Pris séparément, en découpant chaque élément de la situation, ils avaient tous raison.
Pris dans le contexte du forum, ils avaient tous faux.

Mercredi 27 mars

Une action politique doit être menée à son terme pour être efficace. Nous devions situer les responsabilités de la situation présente qui aurait pu tourner au drame pour 15 sans papiers. Nous n’avons fait aucune confiance aux gens du forum pour assurer leur protection en cas de retour le 31 et nous avons pris nos responsabilités en conséquence.
C’est pourquoi, avant même le départ de Milan, il avait été décidé de ne pas en rester là et de retourner à Tunis par avion après avoir déposé les sans papiers à Paris. Dès l’après-midi nous prenions à 11, régularisés et français, l’avion à Orly et le soir même nous étions à Tunis...

À suivre...