L’information au jour le jour sur le quotidien des sans-papiers.

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Jeudi 2 août, bus n°15, je rentre chez moi :
quartier Haut de Massane. Devant mes cheveux
blancs, un jeune homme me cède sa
place. Je le remercie. Il me sourit.

Cours Gambetta : contrôle des tickets…ah
non, je me suis trompée, ce sont des policiers :
contrôle d’identité. Pas de problème, je suis
française et j’ai ma carte d’identité. Alors,
pourquoi mon coeur se met si fort à cogner,
pourquoi ces crampes dans le ventre et mes
mains qui tremblent ?

Je ne me sens pas bien. Je ferme les yeux. Et
tout me revient en mémoire.

Août 1940. Je traverse la place de la comédie.
Je vais vers la gare. La rue Maguelone est bloquée
par un barrage, la rue de Verdun aussi. La
place est cernée par la Gestapo : contrôle
d’identité ! Mon coeur se met à cogner, j’ai des
crampes dans le ventre et les mains qui tremblent.

Je fais demi-tour et me dirige vers le bar « Y a
Mieux » (actuel « Yam’s). Je sais que la caissière,
madame Granier est dans la résistance. Je
n’ai pas besoin de parler, elle a deviné, quitte le
comptoir, me prend par la main, m’entraîne
dans les escaliers, me cache dans le grenier.
Combien de personnes arrêtées, puis déportées
ce jour là ?

« Vos papiers s’il vous plait » Je reviens à la réalité.
Cinq personnes sont embarquées.
Maintenant le calme règne dans le bus n°15…
Je m’en veux d’avoir fait l’amalgame entre les
deux événements. Il n’y a aucune comparaison,
non ?

Même si, sur les cinq, certains risquent de se
retrouver au centre de rétention de Sète avec
les conséquences que l’on sait.

1940 : il fallait arrêter tous les juifs, cause de
tous les malheurs des français.

2007 : il faut arrêter tous les sans papiers, cause
de tous les malheurs des français.

N’y pensons plus. La vie continue. Une chanson
me vient dans la tête : « Douce France,
beau pays de mon enfance ». Et j’ai envie de
pleurer…

Irène J. (85 ans) Montpellier

(Source : La Gazette de Montpellier).