Douce France

1940-2007


Publié le: 3 septembre 2007

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Jeudi 2 août, bus n°15, je rentre chez moi : quartier Haut de Massane. Devant mes cheveux blancs, un jeune homme me cède sa place. Je le remercie. Il me sourit.

Cours Gambetta : contrôle des tickets…ah non, je me suis trompée, ce sont des policiers : contrôle d’identité. Pas de problème, je suis française et j’ai ma carte d’identité. Alors, pourquoi mon coeur se met si fort à cogner, pourquoi ces crampes dans le ventre et mes mains qui tremblent ?

Je ne me sens pas bien. Je ferme les yeux. Et tout me revient en mémoire.

Août 1940. Je traverse la place de la comédie. Je vais vers la gare. La rue Maguelone est bloquée par un barrage, la rue de Verdun aussi. La place est cernée par la Gestapo : contrôle d’identité ! Mon coeur se met à cogner, j’ai des crampes dans le ventre et les mains qui tremblent.

Je fais demi-tour et me dirige vers le bar « Y a Mieux » (actuel « Yam’s). Je sais que la caissière, madame Granier est dans la résistance. Je n’ai pas besoin de parler, elle a deviné, quitte le comptoir, me prend par la main, m’entraîne dans les escaliers, me cache dans le grenier. Combien de personnes arrêtées, puis déportées ce jour là ?

« Vos papiers s’il vous plait » Je reviens à la réalité. Cinq personnes sont embarquées. Maintenant le calme règne dans le bus n°15… Je m’en veux d’avoir fait l’amalgame entre les deux événements. Il n’y a aucune comparaison, non ?

Même si, sur les cinq, certains risquent de se retrouver au centre de rétention de Sète avec les conséquences que l’on sait.

1940 : il fallait arrêter tous les juifs, cause de tous les malheurs des français.

2007 : il faut arrêter tous les sans papiers, cause de tous les malheurs des français.

N’y pensons plus. La vie continue. Une chanson me vient dans la tête : « Douce France, beau pays de mon enfance ». Et j’ai envie de pleurer…

Irène J. (85 ans) Montpellier

(Source : La Gazette de Montpellier).