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Un ami que je ne connais pas, Alayn, m’écrit : « Je suis comme toi un peu étonné qu’on ne trouve pas beaucoup d’infos sur cette “révolution”. » Il me signale un article publié sur son blog, en février 2009. Près de deux ans plus tard, il conserve la palme du média le mieux informé sur la révolution islandaise... Et honte, et honte aux médias qui nous mentent !

Où l’on apprend que cette révolution ne date pas de 2008 – c’est la crise économique qui est de l’automne 2008 –, mais de janvier 2009, et qu’on devrait bientôt en fêter le deuxième anniversaire !

Ça s’est passé en moins d’une semaine : du 20 au 26 janvier. Du mardi au samedi, le peuple a manifesté, et même affronté la police. Le samedi, ils étaient 6 000 dans la rue. Le lundi, le gouvernement était par terre. Et depuis, le peuple se remobilise à chaque fois que ça s’impose. Résultat : moins de deux ans plus tard, ils en sont à faire une nouvelle constitution !

1789, plutôt que 1968, observait un politologue. Deux ans plus tard, il n’est pas interdit de penser que le diagnostic se confirme...

La révolution islandaise
Publié le 14/02/2009 à 12:00 par anarchie23

L’ISLANDE DÉVASTÉE PAR LA CRISE ÉCONOMIQUE MONDIALE

Les manifestations de colère font chuter le gouvernement.

Quelques jours de manifestations, où des protestataires qui jetaient des œufs ont fait face à la police anti-émeute et à son gaz lacrymogène, ont réussi à forcer l’organisation de nouvelles élections.

Les masses protestent dans un pays qui est, jusqu’à présent, celui qui a été le plus fortement touché par la crise économique. Parmi celles et ceux qui sont descendu(e)s dans les rues, des discussions se développent au sujet du besoin d’une nouvelle force politique.

Les manifestants(tes) ont lancé du lait caillé vers les robocops...

Le gouvernement a dû donner sa démission le lundi 26 janvier pour tenter de désamorcer le mouvement de protestation.

Il y a seulement quatre mois, en octobre, l’Islande est passée du 5e pays le plus riche au monde – en PIB par habitant(e)– à une situation où le pays est plongé dans la pire des crises, jusqu’ici en tout cas.

Les banques islandaises super-endettées ont été nationalisées afin d’essayer de limiter la crise. Aujourd’hui, 70% de toutes les compagnies et 40% des ménages sont techniquement en faillite.

On s’attend à ce que le PIB chute de 10% cette année.

Le chômage a grimpé de 6 jusqu’à 9% uniquement au cours du mois de décembre.
L’inflation est proche de 20% alors que les taux d’intérêts sont de 18%.

La devise, la couronne islandaise, est maintenant à peine échangeable.

LA COLÈRE SE REPEND

La haine est largement répandue contre les banquiers qui ont orchestré la crise et leurs amis les politiciens. Tandis que les banquiers semblent avoir quitté le pays, les politiciens sont restés au pouvoir. Jusqu’à il y a trois semaines.

Dès le mardi 20 janvier, quand les parlementaires sont rentrés de vacances, des protestations quotidiennes ont été organisées. Le slogan principal était : « gouvernement incompétent ».

La plupart des participants(tes) avaient apporté des casseroles ou d’autres objets pour faire du bruit.

Mercredi 21 janvier, la protestation s’est déroulée devant un meeting de l’Alliance Sociale Démocratique, partenaire du gouvernement de coalition, et la foule exigeait la démission de l’ASD.

Plus tard, la même nuit, les protestataires ont entouré la limousine du Premier Ministre Geir Haarde, en frappant sur le toit de sa voiture et en lui envoyant des œufs et des bouteilles, des cannettes...

La police anti-émeute a été envoyée pour défendre Haarde, également dirigeant du Parti de l’Indépendance. À ce stade, il refusait encore toute éventualité d’une élection avant celles prévues en 2011.

Tard dans la nuit, le jeudi 22 janvier, des pierres ont été jetées vers la police, et deux policiers ont été blessés.

La police a recouru au gaz lacrymogène et au spray au poivre, et vingt personnes ont été arrêtées au cours de la première véritable charge contre une manifestation depuis 1949, quand les Islandais(ses) manifestaient contre l’adhésion de leur pays à l’OTAN.

Le gouvernement islandais, qui ne dispose que d’une poignée de soldats, a même envisagé d’appeler au secours les forces armées norvégiennes.

Le site Web Ice News a relayé les déclarations d’un manifestant : « Personne n’a démissionné et personne n’a été viré. Ils travaillent dur pour avoir le peu qui reste ici et le donner ensuite à celles et ceux qui ont brisé notre économie. »

« Les gens ont peur et sont à la merci des criminels impitoyables non seulement du gouvernement, mais également des entreprises et des banques. Ces banques leur ont été données avec une fausse privatisation en 2005, pour presque rien, mais pour recevoir beaucoup ensuite. Maintenant que tout est foutu, vous voudriez leur donner davantage ? »

Les manifestants(tes) revendiquaient que l’argent promis par le FMI et les gouvernements étrangers ne soit pas versé au gouvernement actuel. Au total, 10 milliards de dollars ont été promis. L’accord du FMI comprend de graves coupes budgétaires et des taux d’intérêts élevés, deux mesures qui ne vont qu’approfondir la crise.

DÉMISSIONS ET NOUVELLES ÉLECTIONS

Vendredi 23 janvier, le Premier Ministre Haarde a soudainement déclaré la tenue de nouvelles élections pour le 9 mai. À la même conférence de presse, il a annoncé sa démission en tant que chef du Parti de l’Indépendance, en déclarant qu’il était malade du cancer, comme le chef du parti social-démocrate, le ministre des affaires étrangères Ingibjorg Solrun Gisladottir.

Le jour suivant, le ministre du commerce, Bjorgvin Sigurdsson, a démissionné après avoir renvoyé le patron de l’autorité de l’État responsable de la surveillance financière.

Ces déclarations n’ont cependant pas cassé l’élan des protestations.

Samedi 24 janvier, plus de 6000 personnes se sont rassemblées en exigeant la démission immédiate du gouvernement.

« Nous ne laisserons plus rien passer. Le gouvernement doit s’en aller. Nous en avons assez de leur contrôle sur tout et du fait qu’ils ne prennent soin que d’eux-mêmes sans s’inquiéter des gens » a déclaré l’un des orateurs à cette occasion, sous les acclamations de la foule.

Le quotidien suédois Dagens Nyheter a dit dans son reportage de cette manifestation que cette oratrice « et d’autres en Islande veulent voir une nouvelle société, sans le népotisme et la corruption qui sont aujourd’hui selon eux dominant après le long règne du Parti de l’Indépendance. »

Le même article continue : « Les différents mouvements de protestation se sont répandus, avec l’aide de Facebook ». [96% des 20-29 ans sont sur Facebook.] « Ils ont très vite réuni des milliers de partisans et ont pu de cette façon facilement convoquer des rassemblements. Maintenant, différents mouvements discutent d’un manifeste commun pour une nouvelle société. »

Dans les sondages d’opinion, le parti d’opposition Gauche-Vert a doublé son soutien depuis les dernières élections il y a deux ans, jusqu’à obtenir 32,6%.

Les deux partis du gouvernement ont perdu ensemble 22%.

Le Parti de l’Indépendance serait tombé à 22,1% et l’Alliance Sociale Démocratique à 19,2%.

Un ancien partenaire du Parti de l’Indépendance, le Parti Progressiste, maintenant dans l’opposition également, a également augmenté son soutien de 11,7% à 16,8%.

C’est une indication claire que les gens sont à la recherche d’une alternative plus radicale.

Le Parti Gauche-Vert est vu comme le parti le plus anticapitaliste. Ce parti préconise par exemple la nationalisation de toutes les ressources naturelles.

Les Gauche-Verts veulent aussi de nouvelles négociations au sujet de l’accord conclu avec le FMI et veut quitter l’OTAN. L’opinion favorable à ce que l’Islande rejoigne l’Union Européenne, qui avait augmenté quand la devise s’était effondrée l’an dernier, retombe déjà.

Aujourd’hui, 38% de la population veut rejoindre l’UE, comparé à plus de 50% en octobre 2008.

Beaucoup ont compris que l’aide étrangère ne viendra pas sans problèmes.

RÉVOLUTION ?

Les manifestations de masse qui se sont déroulées en Islande, comme dans d’autres pays européens, illustrent la volonté des gens de contrôler eux-mêmes leurs vies.

Ils ne font plus confiance aux politiciens ou aux capitalistes. Aux manifestations de Reykjavik, le patron de la banque centrale, l’ancien Premier Ministre David Oddsson, a été comparé à Hitler !

Il est clair que les manifestants(tes) en ont eu assez et qu’ils/elles représentent un sentiment généralement répandu en Islande. Cela a provoqué beaucoup de discussion pour savoir si ce qui est en train de se passer est oui ou non une révolution.

« Le mot »révolution« pourrait être un peu exagéré, mais au vu du tempérament calme qui règne habituellement dans la politique islandaise, ces évènements sans précédent représentent une révolution dans l’activisme politique »
a écrit Eirkur Bergmann dans le journal britannique The Guardian.

Un autre récent visiteur de l’Islande, le professeur Robert Wade de la London School of Economics, a déclaré que « la situation est très tendue et très instable ».

Il a comparé la situation à d’autres manifestations parfois violentes qui se sont déroulées le mois dernier en Bulgarie, en Hongrie, en Lettonie, en Lithuanie et en Grèce.

Un autre observateur, Fredrik Erixon du Centre Européen pour l’Économie Politique Internationale, a dit que la situation rappelait « la Révolution française de 1789 », plutôt que 1968. La colère est certainement présente, mais l’Islande capitaliste est de loin différente à la France féodale.

La leçon des mouvements de masse qui ont pris place dans d’autres pays ces dernières années est que des régimes impopulaires peuvent être renversés.

L’Islande connaîtra une campagne du capital national et international pour se soumettre aux conditions du FMI, ce qui comprendra le chantage économique. Tout gouvernement, qui n’est pas disposé à défier les capitalistes qui ont causé la crise, subira une énorme pression par de grandes coupes dans les conditions de vie des travailleurs(ses). Ce sera le cas, même avec un gouvernement Gauche-Vert ou un gouvernement « experts », comme certaines ou certains des manifestants(tes) l’ont proposé.

Les travailleurs(ses) et la jeunesse d’Islande ont déjà tiré des conclusions importantes. De nouvelles expériences les forceront à regarder vers d’autres solutions.

La crise a prouvé que des banquiers, les capitalistes et les politiciens ne sont pas les bienvenus.

La population pourrait gérer la société sans eux !

Les débuts d’un mouvement contre le capitalisme en Islande doivent être accueillis et encouragés partout à travers le monde. C’est juste la première indication de ce qui est à venir. Plus les pays tomberont dans la récession, plus la révolte des masses commencera à se développer !

(Extraits d’un article d’Alters belges)

[Source : anarchie23]