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Mengs est mort en sautant d’un camion qui allait dans la mauvaise direction. Est-ce d’avoir versé une larme pour cet ado d’on ne sait quel pays, mort à seize ans en essayant de fuir l’enfer calaisien pour passer en Angleterre ?

Ou bien plutôt parce que les Passeurs d’hospitalité, ces bourgeois de Calais modernes qui tiennent le blog éponyme, parviennent à poser le problème dans les termes où il se pose ?

Que se passe-t-il quand l’Etat hors la loi assassine ? Devant quel « tribunal administratif » devront répondre le Préfet du Pas de Calais et les élus de son Conseil général ? Quel juge oserait condamner son Président, Dominique Dupilet ou les membres de la « commission permanente » qui l’assiste ?

La famille de Mengs Medahne est certainement en position de déposer une telle plainte, ayant perdu son petit dans ces circonstances de « délaissement » d’autant plus caractérisées que les Passeurs d’hospitalité étaient parvenus à ouvrir le débat sur la question, ces dernières semaines, et que les autorités ne peuvent certainement pas prétendre ne pas en avoir eu connaissance. Mais il est à craindre que, précisément, si Mengs est mort ainsi, c’est bien parce que sa famille est bien loin et bien démunie pour engager une telle action.

Alors, ce serait aux associations peut-être de prendre une telle plainte à leur nom, au nom des intérêts généraux qu’elles ont pour objet de défendre.

Mais quelle juridiction pénale, civile ou administrative aurait ici le courage de dire le droit ?

Ou bien faut-il vraiment qu’il soit ainsi permis de tuer les enfants dans ce pays qui se gargarise des droits de l’homme, de la femme et de l’enfant, qu’il se flatte d’avoir contribué à définir ?

Il serait préférable que les politiciens bourgeois avec leurs gros ventres et leurs digestions difficiles commencent à trembler d’avoir à répondre.

La loi n’est pas un jouet dans leurs mains dont ils auraient la liberté de faire ce qui leur chante. Ils ne font pas que la faire pour les autres. La loi s’applique aussi à eux.

Il est probable que le passage de Christiane Taubira au ministère de la Justice ait soulevé plus d’espoirs qu’il n’apportera de résultats. Mais ne pourrait-elle au moins se préoccuper que le droit soit enseigné aux juges ? Qu’il leur soit expliqué que le législateur a aussi des devoirs – et le juge lui-même. Qu’un juge qui protège un criminel est doublement criminel.

Qu’un politicien qui jouit des bénéfices de sa charge sans se soucier des devoirs qui lui incombent, par exemple de protection de l’enfance, doit être rappelé à l’ordre.

Il serait temps. En fait, non : trop tard pour Mengs.

QSP

Mengs Medahne, mort parce qu’il coûtait trop cher

Mengs Medahne est un de ces mineurs érythréens arrivés récemment à Calais [voir ci-dessous] qui habitaient le campement du bassin de la Batellerie (http://goo.gl/maps/iVmyN). Il est mort en essayant de passer en Angleterre. S’apercevant que le camion dans lequel il était monté avec deux de ses camarades allait dans la mauvaise direction, il a sauté en marché et a été percuté par les deux véhicules qui suivaient. Il avait seize ans.

À seize ans, il n’aurait pas dû être à la rue. Comme tout mineur en danger, il aurait dû faire l’objet d’une mesure de protection. Il aurait dû être hébergé, accueilli dignement, informé de ses droits. Il aurait dû faire le point avec des professionnels sur ses projets d’avenir. Parce que c’est la loi, et que la loi s’applique à tout mineur en danger, quelle que soit sa nationalité. Il aurait peut-être alors fait le choix de rester en France. Ou, s’il avait persisté dans son projet de partir au Royaume-uni, il l’aurait fait dans de meilleures conditions physiques et psychologiques, et de manière moins risquée.

Mais, sous prétexte qu’il n’ont pas de projet en France, le conseil général refuse de prendre des mesures de protection en faveur des mineurs qui veulent aller au Royaume-uni, et s’oppose à la création d’un lieu d’accueil pour eux à Calais. Le conseil général viole la loi. Il dit qu’il fait déjà beaucoup, et que ça coûterait trop cher. Alors Mengs a dormi dehors sous un bâche plastique, comme d’autre, parce qu’il n’y a pas assez de tentes, ou serré dans l’une d’elle s’il a trouvé de la place. Il a peut-être attrapé la gale, comme certains de ses voisins. Il a été harcelé par la police. Alors comme d’autres il a pris des risques inconsidérés pour échapper vie, jusqu’au geste inconsidéré de sauter d’un camion en marche. Et Mengs est mort, comme sont morts cinq de ses camarades de campement ces derniers mois.

Le conseil général du Pas-de-Calais, c’est un budget de 1 milliard 730 millions d’euros en 2014. Qui annonce : « Les 16-30 ans, la priorité du département. » Qui consacre 242 millions d’euros en 2013 au Pacte jeunesse. Mengs, lui, coûtait trop cher, alors on l’a laissé à la rue.

Le conseil général du Pas-de-Calais, c’est aussi 3700 enfants accueillis en 2013. Les 30 à 60 mineurs qui peuvent se trouver dans les différents campements représentent moins de 2% de ce chiffre. Et ce seraient eux qui mettraient les finances publiques en péril. Et c’est eux qu’on laisse à la rue.

Cela fait plus de dix ans qu’associations et militants de terrain alertent les pouvoirs publics sur la situation de ces jeunes et la nécessité de lieux d’accueil pour eux près des lieux de passage. Depuis l’automne les associations constatent que les exilés prennent de plus en plus de risques, que les accidents et les décès se multiplient, et tirent la sonnette d’alarme. L’apparition de mineurs en nombre croissant au campement du bassin de la Batellerie, dans des conditions matérielles et sanitaires dégradées, a lui aussi fait l’objet d’une alerte.

Mengs est mort comme il est venu, anonyme, un article de faits divers, entre un feu de cheminée et une querelle bruyante de consommateurs éméchés au sortir d’un bar.

Monsieur le président du conseil général, mesdames et messieurs les conseillères et conseillers, quand sortirez-vous de votre passivité ? Quand cesserez-vous de considérer que ces jeunes coûtent trop chers – ou ne sont pas assez payants pour votre popularité ? Quand prendrez-vous les mesures que commande le bon sens et que la loi prescrit ?

Quand ?

[Source : passeurs d’hospitalité]

Mineurs à la rue

publié le 22 avril 2014

Une quinzaine de mineurs sont arrivés au campement du bassin de la Batellerie. Les plus jeunes ont 13 – 14 ans. Comme il n’y a pas assez de tentes, une partie dorment dehors, sous une bâche plastique.

Rien n’est fait pour eux. Le dispositif mis en place par le conseil général en partenariat avec France Terre d’Asile ne fait bénéficier d’une mesure de protection que les mineurs qui veulent rester en France. Eux veulent aller en Angleterre. Au mieux ils peuvent aller se reposer pendant cinq jours dans un centre d’accueil à Saint-Omer.

Bien sûr la loi fait obligation au conseil général de protéger les mineurs en danger sur son territoire, sans considération d’ethnie, de nationalité, de genre – ou de projet personnel. Et un mineur à la rue est un mineur en danger. Bien sûr la Convention internationale des droits de l’enfant commande aux autorités d’agir en fonction de l’intérêt supérieur de l’enfant.

Mais qui se soucie encore de ces jeunes parmi les responsables du département ?

Alors – No Border ouvrira peut-être un squat pour eux. Nouvelle mise en lumière de l’hypocrisie des autorités.

Source : passeurs d’hopitalité

Mineurs à la rue (suite)

publié le 28 avril

Notre billet du 22 avril concernant les mineurs à la rue [voir ci-dessus] a suscité dans la presse un commentaire étonnant du directeur de la Maison du jeune réfugié à Saint-Omer : ce dispositif (la Maison du jeune réfugié) n’étant pas plein en semaine « il n’y a donc pas d’intérêt à ouvrir une structure pour les mineurs isolés à Calais », « On ne peut pas les forcer à venir dans un dispositif ».

http://www.lavoixdunord.fr/region/calais-quels-dispositifs-pour-proteger-les-migrants-ia33b48581n2090678

Il faut donc rappeler que la protection des mineurs en danger n’est pas une action charitable, mais une obligation légale pour les pouvoirs publics. Elle découle pour ce qui est de la législation française du Code de l’action sociale et des familles, et pour les traités internationaux de la Convention internationale des droits de l’enfant.

Cette obligation porte notamment sur les mineurs isolés, quelle que soit leur nationalité : « La protection de l’enfance a également pour but de prévenir les difficultés que peuvent rencontrer les mineurs privés temporairement ou définitivement de la protection de leur famille et d’assurer leur prise en charge » (article L 112-3 du Code de l’action sociale et de la famille).

L’article suivant (L 112-4) prévoit que « L’intérêt de l’enfant, la prise en compte de ses besoins fondamentaux, physiques, intellectuels, sociaux et affectifs ainsi que le respect de ses droits doivent guider toutes décisions le concernant. » Dans le cas des mineurs du campement qui est au bord du bassin de la Batellerie à Calais, il s’agit de jeunes qui dorment dehors, dont plusieurs sont porteurs de la gale, qui n’ont accès qu’à un repas chaud par jour, qui sont dans un contexte de violence et dans un pays qu’il ne connaissent pas.

Le Code pénal, lui, réprime le délaissement (article 223-3) : « Le délaissement, en un lieu quelconque, d’une personne qui n’est pas en mesure de se protéger en raison de son âge ou de son état physique ou psychique est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75000 euros d’amende. » C’est bien de cette situation qu’il s’agit.

Le défenseur des droits a été saisi d’une situation similaire à Paris [lire la saisine ici] et a émis des recommandations sur le sujet, qui rappellent notamment le cadre juridique à respecter [lire ici ses recommandations].

À la décharge du directeur de la Maison du jeune réfugié, ce n’est pas l’association qui l’emploie, France Terre d’Asile, qui est responsable de la protection de l’enfance. Elle n’intervient que missionnée par le conseil général pour gérer un dispositif particulier. C’est le conseil général lui-même qui en est responsable, et qui a l’obligation de trouver une solution aux insuffisances du dispositif existant.

Les associations l’avaient dit alors que la Maison du jeune réfugié n’était qu’en projet, les lieux d’accueil des mineurs doivent être situés sur la route vers l’Angleterre – et notamment à Calais – sinon la majorité des jeunes concernés resteront à la rue. C’est bien ce qu’on constate aujourd’hui, avec une Maison du jeune réfugié basée à Saint-Omer.

C’est triste à dire, mais on retrouve avec les enfants à la rue de Calais une situation semblable à celle des enfants des rues en Roumanie ces dernières années, y compris dans les propos des responsables d’institutions : « on fait tout notre possible, ils ne restent pas dans nos foyers, ils ne veulent pas venir ». La situation des enfants des rues en Roumanie était médiatisée dans le monde entier, l’Union européenne a fait de la réforme de la protection de l’enfance pour satisfaire aux critères internationaux une étape obligatoire pour que la Roumanie entre dans l’UE, des financements publics et privés ont permis la mise en place de projets pilotes et ont accompagné la mise en place de réponses de droit commun.

En France, aujourd’hui, il n’y a que la mobilisation des citoyens qui fera changer la situation des enfants à la rue, à Calais et ailleurs.

Nous sommes dans un contexte plutôt favorable, l’État commençant à s’attaquer de manière plus sérieuse à la question des bidonvilles et campements, et il devient possible d’envisager des solutions pour les personnes qui y habitent – entre autres pour les mineurs. Espérons que le conseil général saisira cette occasion pour avancer.

Ce que la Roumanie, un des pays les plus pauvres d’Europe, a su faire, le Pas-de-Calais ne le pourrait pas ?

[Source : passeurs d’hospitalité]