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Samedi 28 août s’est tenue la manifestation commémorant le quatorzième anniversaire de l’expulsion des sans-papiers de l’église Saint-Bernard. Étaient présentes quelques milliers de personnes, répondant à l’appel des collectifs de sans-papiers. La question des sans-papiers n’intéresserait pas les organisations politiques françaises, même celles qui se proclament en « soutien », toutes absentes, à l’exception de la Fédération anarchiste (petitement représentée) et de quelques « électrons libres », dont le Collectif contre la xénophobie qui a distribué quelques dizaines d’exemplaires de son « affiche » sous forme de tract. Ci-dessous, deux témoignages.

Petite manif, cet après-midi, à Paris, en commémoration de l’évacuation des sans-papiers de St Bernard. Petite, mais dynamique. Peu de banderoles, seuls les anars [de la Fédération anarchiste] s’étaient déplacés en organisation [avec deux drapeaux]. Le CSP du 17° devait bien faire le quart du cortège, le 9° collectif juste derrière nous. Il y avait aussi le ministère de tous [Ministère de la régularisation de tous les sans-papiers, anciennement rue Baudelique] et puis... pas grand chose d’autre. Les « politiques » ne s’étaient pas déplacés. Sans doute se préparent-ils pour la manifestation du 4 septembre.

Prise de paroles à la fin, façon « moi je ». Heureusement Abdoulaye du CSP du 17°, malgré une sono défaillante, a sauvé la mise en disant qu’il fallait faire taire les tentations de leadership, que l’unité ne se proclamait pas mais se construisait et que personne ne pouvait revendiquer la propriété de la lutte des sans-papiers .

N’ai rencontré personne du 17 ou du 18°, sauf Anne-Marie, de la Cimade, et Hélène et Diane ce qui faisait de nous RESF, la principale représentation de militants (avec Pierre et Huguette on était cinq RESF ; on aurait pu tenir une banderole). N’ai vu presqu’aucun autre militant, pas de distributeurs de tracts, juste croisé un vendeur d’Imprécor et un spartakiste tout triste, pas même un isolé du PC tentant de placer ses vignettes.

Mais où sont les manifs d’antan ?

Marie-Cécile Plà

Tout le monde devait être à la plage, ou bien en train de faire du shopping, ce samedi après-midi, où l’on a vu manifester quelques milliers de sans-papiers (ni à la plage, ni au shopping) sous une sympathique alternance de pluie et de soleil.

Seraient-ils tous sarkozystes, nos concitoyens ?

Ou bien considèrent-ils que cela leur suffit de cultiver des idées généreuses – en s’engageant le moins possible ?

Où étaient les militants de RESF ? Marie-Cécile a pu les compter – et, comme elle le remarque, ils avaient oublié de prendre une banderole. Sans parler de ceux du NPA, des Verts, des socialistes, du Front de gauche, et de je ne sais qui encore, totalement invisibles.

Croient-ils qu’on va faire reculer l’État raciste sans se mobiliser contre lui ?

Ont-elles appelé à manifester, les organisations de gauche ou d’extrême-gauche qui se disent solidaires de la lutte des sans-papiers ? Et si certaines l’ont fait (sans que personne n’en ait entendu parler), pourquoi l’ont-elles fait si discrètement qu’aucun de leurs militants n’entende le message ? Croient-elles vraiment que c’est le moment de baisser la garde, à l’heure de l’offensive raciste du gouvernement ?

Dans ce climat de démission généralisée, il y a quelqu’un qui n’avait pas oublié de mobiliser : c’est le Préfet de police.

Les flics étaient non seulement abusivement nombreux (aux frais du contribuable) – pour une manifestation dont on sait qu’elle est pacifique, depuis de si nombreuses années qu’elle se répète.

Le commissaire dirigeant les opérations a trouvé amusant à un moment d’installer ses CRS jusque dans le cortège lui-même, serrant de près la tête de la manifestation, à laquelle ils finissaient par se mêler. Pour un peu, ces fonctionnaires casqués, avec leurs boucliers, allaient gonfler le nombre des participants...

C’était tellement choquant que les organisateurs ont arrêté le cortège, attendant que la police s’en retire. Interpelés, les responsables de « l’ordre public » prétendaient dans un premier temps ne pas pouvoir éloigner leur dispositif sans instruction du Préfet ! La colère montant, ils ont fini par obtempérer et retirer les CRS (sans attendre les prétendues instructions du Préfet…).

À l’arrivée à Saint-Bernard, rebelote : un imposant dispositif policier interdisait l’approche de l’église, devant laquelle, traditionnellement, depuis quatorze ans, se tient le rassemblement final avec prises de paroles. Celui-ci s’est ainsi tenu dans l’étroite rue bordant le jardin.

On a pu relever alors les nombreuses interventions de porte-paroles de collectifs de sans-papiers, remerciant (avec humour ?) la présence des « soutiens »...

Un autre aura suggéré que l’église Saint-Bernard soit désormais dénommée « église des sans-papiers ».

Pour le Collectif contre la xénophobie,

Michel Sitbon